Dans un univers cinématographique, ou l'originalité est devenue une rareté, "The Voices" offre un peu de fraîcheur. Un conte horrifique, souvent drôle et surprenant de la part de la réalisatrice Marjane Satrapi, qui visite l'esprit dérangé de Ryan Reynolds.
Jerry Hickfang (Ryan Reynolds) est un employé modèle, toujours souriant et prêt à aider son prochain, du moins dans l'usine de baignoires, ou il travaille. Dans la vie, c'est un solitaire, même s'il a deux amis avec lesquels ils conversent tout les jours, son chat et son chien....car oui, Jerry est un brin dérangé dans sa tête. Il va le devenir encore plus, en oubliant de prendre ses médicaments et en tombant sous le charme de la belle Fiona (Gemma Arterton).
Une comédie horrifique sous la houlette de la réalisatrice de "Persepolis", Marjane Satrapi, cela a de quoi attisé la curiosité. Ryan Reynolds en tête d'affiche, cela surprend aussi, même si dans le récent "Captives" d'Atom Egoyan, il semble vouloir se renouveler dans des productions indépendantes, après le navet "RIPD" et surtout, l'ombre de "Green Lantern" qui plane toujours au-dessus de sa tête, alors qu'il était plutôt sympathique, enfin bref....
Mais "The Voices" ne se résume pas à un seul homme, même s'il capte toute l'attention. Ryan Reynolds est entouré d'un casting de toute beauté avec Gemma Arterton, Anna Kendrick, Jacki Weaver et Ella Smith. La première est une princesse venue d'Angleterre et se prénommant Fiona, une version moins glamour de Cendrillon. La seconde est Lisa, un petit chaperon rouge, qui n'a pas peur du grand méchant loup. La troisième, serait la marraine fée aussi issue de "Cendrillon" et enfin pour la quatrième, je n'ai pas de personnages Disney en tête, c'est la bonne pote, celle avec qui on rit, mais qu'on ne ramène pas dans son lit. Ce qui est une erreur, car elle chante merveilleusement bien "Shimmy Shimmy Ya", une femme de goût et de talent. Après cette parenthèse légère, revenons à un film ou le fushia prédomine, du moins dans les yeux de Ryan Reynolds.
L'air naïf de celui-ci est une merveille, il porte bien son nom : Hickfang, que je traduirais approximativement par "le péquenaud aux crocs". Un homme qui s'amuse d'un rien, comme du spectacle dans un restaurant chinois. C'est surtout un enfant, il est resté dans son passé, à ce moment ou il a basculé dans la folie. Le flash-back est éprouvant, il est le seul moment d'horreur pur, surement parce qu'il est ancré dans la réalité d'un drame familial.
La première partie est réussie, la découverte de ce personnage, les conversations avec son chat (le mal) et son chien (le bien), comme s'ils étaient sur ses épaules, à la manière d'un Tex Avery. Son amour pour Gemma Arterton, ou sa naïveté est touchante, ou il ne semble jamais menaçant, mais juste perdu dans un monde, qu'il voit différemment, avec des papillons voletant autour de lui, comme dans un conte de fées. C'est mignon, même quand le sang gicle, grâce à un humour grinçant et décalé.
Mais dans sa seconde partie, le film patine, ne sachant se renouveler, en devenant prévisible et donc, classique. Pourtant le mélange des genres : comédie, horreur, drame, fantastique et comédie musicale; avec un générique final des plus savoureux; étaient réussis. Il y a comme une frustration, avec cette bonne idée mal développée, avec la répétition des plans sur l'appartement de Ryan Reynolds, comme si Marjane Satrapi ne savait plus quoi faire de sa caméra et de l'histoire. Alors qu'auparavant, elle nous offrait des plans magnifiques dans la forêt, l'usine ou le bureau du psy. Le film est réussit visuellement, avec son fushia qui bave de partout, ou les diverses chorégraphies. Il y a de la poésie, dans ce sang qui éclabousse, grâce à l'air ahuri de bouseux psychopathe de Ryan Reynolds. Mais il y aussi de l'ennui dans le déroulement convenu des événements, surtout dans une histoire aussi décalée et passionnante au début.
Le film pose aussi une question : le monde est-il plus beau avec ou sans médicaments ? Dans une société ou l'on estime que tout les problèmes se règlent grâce aux pilules rouges, bleues, vertes, etc.... On peut préférer le voir sans, quitte à être en décalage avec la réalité et se perdre, mais avec de la joie dans les yeux. La schizophrénie du "héros" est dangereuse, pourtant son monde est coloré et joyeux. Il suffit d'un rien, d'une princesse, pour le rendre parfait, du moins en apparence.
Marjane Satrapi n'a pas su aller jusqu'au bout et rend une histoire originale, de moins en moins passionnante au fil des minutes. Puis on se rappelle plus de la fin, que du début et malgré un somptueux générique final, on reste déçu par le classicisme de sa seconde partie et c'est bien dommage, tant c'était prometteur.