La Chair et l'Huile de moteur !

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Et voilà enfin Julia Ducournau de retour après Grave avec un film dont on pouvait légitimement bien se demander ce qu'il pouvait raconter.

Ben, jusqu'à l'arrivée du personnage de Vincent Lindon, j'ai cru qu'on resterait dans un truc du même style que le précédent film de la réalisatrice, à savoir un body horror dans un cadre qui reste réaliste de bout en bout.

Oui, je pensais, dans un premier temps, que la scène de baise avec la voiture était un rêve ou un fantasme. Et ben, point du tout.

Et en ce qui concerne la présence de Garance Marillier, je croyais naïvement que c'est pour rester partiellement dans le style de son œuvre antérieure. Son personnage porte aussi le prénom de Justine, donc cela peut être le même (Justine a abandonné l'école vétérinaire pour faire la danseuse dans des salons automobiles... c'est possible ; chacun peut avoir son interprétation !).

Après tout, l'intrigue prend le temps de développer son personnage, donnant l'impression que l'actrice va jouer un rôle secondaire important, avant de la faire brutalement zigouiller par notre tueuse en série de protagoniste et ainsi la faire disparaître d'un coup de l'ensemble. J'ai eu l'impression que c'était la cinéaste qui a voulu faire passer le message suivant : "Ah, tu imaginais que j'allais faire un Grave bis ? Ben non, mon coco, faut passer à autre chose !".

Et à autre chose, on passe. Déjà, oublié le cadre 100 % réaliste de Grave puisqu'il y a du fantastique sauce huile de moteur. On entre beaucoup plus en avant et plus longuement dans le thème de la filiation. Il y a l'évocation du déni avec Lindon, déni teinté d'ambiguïté.

D'ailleurs, je trouve la séquence où il dit à "son fils" qu'il l'aimera qu'importe qui il est réellement est en trop. Le fait de le voir s'accrocher à son idée d'avoir retrouvé son enfant perdu, notamment en refusant un test ADN au commissariat ou en se débarrassant d'un de ses pompiers ayant eu le tort de vouloir à tout prix lui ouvrir les yeux, suffisait amplement pour souligner que pour lui, son truc ne doit qu'être vrai, malgré les évidences.

Il y a l'idée d'inceste (avec le "père", donnant enfin l'occasion pour la jeune fugitive de ressentir une véritable affection pour un être humain ; possiblement avec le véritable géniteur biologique qui a été peut-être abusif... là aussi, chacun son interprétation !). Et le corps que l'on maltraite, cette fois par l'intermédiaire de matières étrangères. Une interrogation sur le genre évidemment, bien complexe comme il le faut, loin des schémas simplistes. Il y a aussi la nouveauté de l'humour noir, à travers deux essais réussis : une Macarena pas comme les autres (je vous laisse le plaisir de la découverte pour saisir de quoi je parle !) et quand notre jeune femme demande agacée combien ils sont lors d'un gang bang (je vous laisse le plaisir de la découverte pour saisir de quoi je parle !).

La débutante Agathe Rousselle, véritable révélation, et Vincent Lindon, ayant visiblement passé pas de mal de temps à soulever de la fonte, se donnent corps (c'est le cas de le dire !) et âme à leur interprétation. Ils sont prodigieux.

Techniquement, c'est maîtrisé de bout en bout. C'est une véritable pro qui est derrière la caméra.

Bref, Julia Ducournau conserve les qualités d'avant, mais ne se repose pas du tout sur ses acquis. En effet, si elle montre encore une fois qu'elle aime perturber le spectateur, c'est néanmoins en renouvelant son cinéma, en le faisant aller dans une direction toute différente, ne manquant pas d'être aussi surprenante et dérangeante.

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