Waste Side Story

Avis sur Toy Story 4

Avatar Sergent Pepper
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Audacieuse posture que celle de Pixar à l’égard de Toy Story, 1er long métrage d’animation de la maison devenu mascotte à maturation lente, puisque 20 séparent les numéros 2 et 4 de la saga. Alors que leurs créations originales parviennent encore à proposer de véritables pépites (Vice-Versa, Coco…), et que la concurrence est devenue impitoyable sur ce marché lucratif, (qu’on s’en tienne aux bandes-annonces projetées avant le film, à savoir le mercantile Playmobil surfant sur les succès des Lego Movie, permettant le zapping le plus indigeste entre romains, dinosaures, fées, viking et Far West, ou Le Roi Lion, à savoir le recyclage à l’identique d’une légende via le botox de la CGI) la bande tient bon.

Il y a forcément une grande part de nostalgie à replonger dans ce monde des jouets animés, accentuée par un générique dans lequel la figurine fait le lien entre différentes époques d’une existence dédiée au divertissement de « son enfant ».

Ce nouvel épisode ne cherche pas à révolutionner la franchise, ce qui est évident : il s’agit avant tout de fêter des retrouvailles, pour un divertissement qui fait preuve à l’égard des spectateurs de la même loyauté que celle des jouets pour leur propriétaire. L’animation est toujours aussi habile, les décors sont d’immenses terrains d’aventure, dans un spectre large allant d’une fête foraine à une boutique saturée d’objets, où chaque élément (mouvement des manèges, jeu sur la hauteur et le surplomb, aspect effrayant d’un lieu hanté et labyrinthique aux toiles d’araignées d’une finesse ultraréaliste) est exploité dans des parcours menés à la perfection. La présence de Duke Kaboom, excellent nouveau side-kick est en cela parfaite, apportant son lot d’humour et de séquences circassiennes.

Cela a toujours été le cas chez Pixar, et particulièrement dans la saga Toy Story : les créateurs ont la conscience de travailler sur un matériel à l’identité très forte, et au risque de la dénaturer en sacrifiant aux modes du moment. Les sketches, très drôles, du duo de peluches dans leurs plans flirtant avec le thriller, le film d’horreur ou le blockbuster décomplexé attestent de cette lucidité : tout cela existe bien, mais ce n’est pas notre créneau. L’aspect presque passéiste des intrigues et des lieux (une fête foraine, un antiquaire) joue de cette sacralité d’une fiction dédiée à l’enfance vue avant tout comme un monde analogique et mécanique.

L’arrivée du nouveau personnage, Fourchette, se fait donc sur cette idée d’une approche encore plus rudimentaire de l’imaginaire et de sa capacité à donner la vie : à travers un bricolage recyclé qui permet à l’enfant de personnaliser son jouet et d’y investir un sentiment de parentalité.
En parallèle, Woody apprend lui aussi ce même sentiment, dévoré par sa responsabilité : éduquer le déchet à son statut de jouet, et assumer son rôle de père (après tout, c’est lui qui a disposé sur la table de Bonnie de quoi créer Fourchette…) pour mieux refouler le fait qu’il est devenu lui-même désuet, c’est-à-dire, à proprement parler, un déchet dans les jouets de son enfant.

Inutile, donc, de trop renouveler les questions posées par la saga depuis son splendide troisième opus : la trajectoire aventureuse (ici prise en charge par un camping-car), les capacités limitées des jouets inanimés dès qu’un humain pénètre le même espace, la question de l’appartenance composent toujours avec la même pertinence et surtout une aussi intense émotion le nerf de l’intrigue. Mais, puisqu’il s’agit de franchir une nouvelle étape à chaque décennie, c’est celle de l’identité propre aux jouets eux-mêmes qui va se poser : ceux qui souhaitent trouver un propriétaire, et ceux qui s’affranchissent, trouvant dans leur statut de jouet perdu celui d’une émancipation, malicieusement incarnée par un personnage féminin qui vient revigorer certains poncifs, faisant de la bergère en porcelaine une sorte de Lara Croft entrepreneuse et garante de toute la mobilité du récit.

L’animation est depuis un certain temps déjà un terrain illimité, qui, on le constate, phagocyte paradoxalement l’écriture de scénaristes effrayés par tant de liberté. En faisant de la matière première l’enfance et l’émotion, Toy Story accède à ce miracle d’équilibre : renouveler l’émerveillement sans jamais oublier la part triste de l’enfance par la succession d’adieux qui la compose.

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