Le premier film de Timothy Dalton en tant que James Bond a fait date pour beaucoup de fans. Il combine l'humour hérité de la fin de la période Moore (Octopussy ou Dangereusement Vôtre par exemple) et le sérieux que Dalton a voulu insuffler au personnage après avoir lu les livres de Fleming. En effet il montre dans ce film son intention d’interpréter un OO7 plus proche des romans.
De l'Histoire dans l'histoire
La nouvelle dont le titre du film est tiré étant trop courte, le scénario s'est ancré dans les problématique de l'époque à propos de l'Afghanistan, des Russes et de l'opium. Remplacez le mot "Russes" par le mot "Américains" et vous avez un film très actuel en 2016. D'ailleurs l'Histoire rend une grande place ici a travers le personnage de Whitaker. On nous montre a quel point les conquérants d'Attila a Hitler en passant par Napoléon peuvent se ressembler. Cela rappelle une séquence du film The Mechanic avec Charles Bronson, où celui-ci montre a son jeune apprenti tueur, lors d'une visite d'un musée de cire comparable à la galerie de Whitaker, à quel point les grands généraux de l'histoire sont des "bouchers". C'est le même terme qui est utilisé du reste par John Rhys-Davies ici.
L'histoire avec un h minuscule est tout aussi complexe et fait appel à un duo d'adversaires face à Bond qui ont chacun des intérêts à accomplir leur joli complot, tout comme les intérêts du politique et du privé se rejoignent parfois dans notre réalité. Comme dans celle-ci, aucun ne semble meilleur que l'autre. Il se trouve que Bond est d'un côté. Pour le servir, il se sert de ses alliés, d'où qu'ils viennent. Ses adversaires en font de même. Les lignes sont floues et c'est la confiance qui finit par primer. Et un coup de pouce de la Bond woman du film.
De la fragilité à la force : le renouveau de la féminité dans les films de la saga
Justement, côté femme, Maryam d'Abo n'est pas transcendante mais suffisamment convaincante dans les scènes d'actions derrière sa candeur de jolie blonde violoncelliste. Dans une transformation étonnante elle passe du statut de femme enfant et d'artiste fragile à celui d'instigatrice de l'attaque des soldats du désert ! C'est une bonne stratégie de la part des scénaristes, qui donne plus d'étoffe au personnage. On comprend mieux pourquoi Bond reste monogame dans cet opus. D'ailleurs le film est cohérent sur ce point et prend son temps pour développer la romance entre les deux protagonistes principaux. Oui, la romance. Comme la saga n'avait osé en faire depuis Au Service Secret de Sa Majesté. Et qui n'en fera véritablement plus ensuite que dans Casino Royale. Cette histoire d'amour est traitée de telle manière qu'elle nous rapproche de James Bond. En effet il séduit Kara comme chacun pourrait le faire (selon son budget, évidemment) : en offrant une robe, en allant à l'Opéra ou en faisant un tour à ... la fête foraine !
Dalton, au plus près du personnage original
Cette séquence se déroulant à la fête foraine est un bon exemple pour illustrer le ton du film. Sobrement réalisée,elle permet à Timothy Dalton de montrer tout le registre de son talent, passant d'une émotion à l'autre avec aisance. D'ailleurs sa réaction fait penser à celle du personnage dans le roman Vivre et Laisser Mourir lorsque son ami Felix Leiter est amputé par des requins ou quand Quarrel est tué dans le roman Dr. No. Encore une fois on voit sa détermination à coller à la description de Fleming et pour arriver à ce résultat il avait lu tous les livres de l'auteur en un temps record avant de tourner. Enfin son visage et sa stature corresponde au plus près de la description que Fleming donne de son personnage, jusqu'au yeux gris clair et à la mèche de cheveux qui lui tombe sur le front !
Une œuvre propre, efficace et dans la tradition
À propos de la réalisation, elle possède un côté classique qui sied bien à ce type de Bond plus proche des romans et John Glen se permet même quelques jolis plans larges dans l'aridité afghane. Le montage est nerveux mais clair lors des scènes d'action et laisse respirer la romance citée plus tôt en allongeant la durée des plans.
La musique de John Barry est tout simplement parfaite pour soutenir chaque scène. Elle est influencé par son époque c'est vrai, cependant elle insuffle nervosité et adrénaline au moment de l'action, de la douceur dans les scènes d'amour et donne du souffle dans les plan larges.
La destinée de Bond est ici épurée, il traverse les épreuves pour rejoindre le côté féminin après être passé à travers toutes les batailles, même celles imaginaires de Brad Whitaker. En cela le fond ésotérique voire légendaire utilisé par Fleming sur papier est respecté à l'écran. OO7 reste un St George en costard.
Un des grands films d'espionnage du siècle dernier et un des grands films de la saga bondienne