Blood Diamond

Avis sur Uncut Gems

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Faites vos jeux...

Quelques années après la découverte des frères Safdie au festival de Cannes, présentant leur génial Good Time, que je ne pourrais voir qu'un peu plus d'un an après sa sortie, le duo fraternel reprend du service. Il était impensable que, depuis ma vision de leur précédent, je ne me jette pas sur ce nouveau cru.

Uncut Gems, rien que ce titre, sobrement apposé en blanc sur une affiche sombre, comment cela ne pourrait-il pas donner envie ?
Joshua et Benny Safdie, encore un exemple qu'un seul film peut changer une carrière, si ce n'est une vie. Good Time les a propulsé, ils surenchérissent avec encore mieux. Ce maîtrisé et ultra dynamique Uncut Gems. Tourmente absolue et infernale.
Oh oui, infernale ! Souffle soutenu durant ces 2h16, encore plus durant la dernière partie. A tel point que le générique arrivé, de grandes expirations s'imposent.
Suivre ce joaillier magouilleur, gueulard, joueur et inconscient, est épuisant, lessivant. Quand il joue le pognon avec lequel il pourrait rembourser sa dette, bordel, j'étais : "Non, t'es sérieux ?". Une constante tension où les disputes s’enchaînent, où la question : "comment ça va finir ?" trotte en permanence. Où le danger est à chaque coin de pièce.
Les Safdie ont un don pour la tourmente, l'infernal tourbillon de la vie et des mauvais choix. Et ils savent creuser ces démons, ou ajouter un certain mysticisme comme avec ce fameux gem qui semble obséder le basketteur Kevin Garnett (jouant son propre rôle). Rien que l'ouverture où la caméra pénètre le diamant pour venir se mêler à une coloscopie, passant du diamant brut à l'humain, jusqu'à cette fin, rentrant dans une joue et reprenant les multiples prismes du diamant. Le tout bien aidé par une bande originale aussi rétro que précieuse. Certains morceaux sont typiquement ce que je pourrais appeler des morceaux diamantaires, je ne sais quelle note de quoi est utilisée pour donner cet effet, comme le scintillement des facettes, c'est tout à fait dans l'esprit.

De toute manière, comme Good Time, Uncut Gems prouve une fois de plus que les Safdie ont un amour et une culture des années 80/90 poussée. Au delà de la musique jazzy et rétro, la photo joue également de ça, gros contraste, limite sale, démarquant bien les dents blanches et les branches de lunette dorée du personnage principal, Howard 'Howie' Ratner. En plus de ce grain magnifique, amplifié dans les scènes de nuit.
Puis, touche importante à mes yeux, le générique, la typo m'a étonné, pourtant si bien choisie, si juste. Tout comme l'emplacement des cartons. Typiquement à la sauce 80's/90's. Et ce défilé de crédits final typé Blade Runner, sur fond de ciel étoilé !

Les Safdie ont donc un sacré sens du détail et un amour du cinéma, de la justesse, comme un certain Tarantino, qui en devient unique, malgré ses inspirations.
Ici, Uncut Gems, sorte de Sydney Lumet en plus subtile, prend aux tripes et ne lâche pas jusqu'à la fin, creusant l'âme humaine et sa folie, aussi complexe que bêtement simpliste. Sa fascination, ou encore, un certain art de se foutre dans la merde.
Que cet Howie est insupportable et pourtant tellement captivant.
Bien aidé par un Adam Sandler puissant. Un juif bien placé dans la société New Yorkaise avec son biz et ses contacts, mais qui face à certains n'a pas vraiment le potentiel qu'il faut pour tenir tête. Son atout, ou son défaut, voire sa folie, c'est qu'il y croit, il va jusqu'au bout, grâce à la conviction, il y croit !
Sandler, connu surtout pour ses grasses comédies et souvent bêtement descendu, se révèle entièrement quand il est bien dirigé. Il suffit de le voir chez Paul Thomas Anderson ou encore Noah Baumbach pour s'en rendre compte. Uncut Gems étant un exemple de plus.
Un Superbe casting tourne autour de lui, dont plusieurs acteurs amateurs.

Si, le 16 Janvier, les frères n'ont pas vraiment fait mouche avec leur court métrage GOLDMAN v SILVERMAN, il n'aura fallu attendre que jusqu'au 31 pour qu'ils se rattrapent. Leur nouveau film étant une bombe à retardement délicieuse où le tourbillon s'avère aussi exténuant que fascinant. Où l'âme humaine est percée à jour. Où la sublime photo combine avec une BO scintillante. Où la réalisation est nerveuse et où le casting excelle.

...Rien ne va plus.

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