Le zéro et l'infini

Avis sur Une vie cachée

Avatar Eric Pokespagne
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Ecrire sur un film de Terrence Malick, surtout pour ne pas le couvrir d'éloges, c'est forcément s'exposer à la vindicte de la majorité des cinéphiles, tant nous parlons là d'une icône absolue du Cinéma. Pourtant, je me dois d'être franc, j'ai arrêté depuis longtemps de voir des films de Malick, qui me fatigue au plus haut point par son emphase permanente - servie il est vrai par une remarquable mise en scène - et surtout par ses éternels sujets mystiques et / ou religieux, qui sont pour moi, pauvre humain terre-à-terre et laïc convaincu, un repoussoir absolu.

Il se trouve que le thème de "Une Vie Cachée, la lutte individuelle - même condamnée à l'échec et à l'anonymat - contre le fascisme, me semblait pour une fois des plus pertinents en notre époque confuse, et que le fait que tout le monde s'accordait à dire que Malick avait eu à nouveau un vrai scénario, une vraie histoire à raconter, était plus qu'encourageant...

Résultat des courses : une bonne demi-heure en tout à pleurer à chaudes larmes devant des scènes profondément bouleversantes, une bonne heure à m'ennuyer à mourir, au point de consulter nerveusement mon téléphone portable - ce que je n'avais encore jamais fait dans une salle de cinéma ! -, et le reste des trois longues, longues heures de "Une Vie Cachée" à savourer de très belles images tout en m'irritant devant tant de pompiérisme étouffant, devant des voix off répétant ad libitum des banalités pseudo-philosophiques sur le bien et le mal, sur ce fameux Dieu dont tant de gens nous rebattent à nouveau constamment les oreilles.

Que dire donc objectivement de "Une Vie Cachée" ? Qu'il faut le voir pour renforcer nos convictions contre la montée asphyxiante de l'extrême-droite, parce que les quelques images d'archives sur le nazisme et sur Hitler sont d'une efficacité effroyable ? Qu'il faut savoir souffrir pour ces quelques scènes littéralement SUBLIMES qui, honnêtement, justifient pleinement et le prix du ticket, et l'ennui incommensurable le reste du temps ? Que deux minutes avec le colossal Bruno Ganz valent bien plusieurs heures de films "ordinaires" ? Que mes ancêtres paysans doivent se retourner dans leurs tombes en voyant (?) un putain de yankee plein aux as raconter que c'est merveilleux de s'arracher les mains à creuser la terre et de se casser le dos à porter des sacs de grains ? Que si j'étais Allemand ou Autrichien, je m'offusquerais gravement de voir les "bons" du film parler en Anglais tandis que les villageois abrutis et les militaires cruels / brutaux jappent en Allemand ? Que le prosélytisme religieux des Américains est devenu aussi envahissant et haïssable que celui des "fous de Dieu" musulmans, et que j'ai envie de hurler devant ce concept dégueulasse de "sainteté" dont nous bassine Malick tout au long de ce film absolument TOTALITAIRE, car complètement FERME au moindre doute ?

Oui, tout cela, et sans aucune hésitation. Et aussi que je pense que c'est le dernier film de Terrence Malik que je vais voir.

[Critique écrite en 2019]

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