Une vie difficile mais belle

Avis sur Une vie difficile

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La vie est difficile, certes. Mais la vie est, avant tout, ce qu’on en fait. Tout est affaire de choix. D’évidence, les bons choix sont les plus difficiles à faire. Ils nécessitent souvent courage, pureté d’âme et morale infaillible. Ils nous demandent parfois de tourner le dos à la société et de mettre des parenthèses autour du confort. Mais, c’est en étant quelqu’un capable de faire les bons choix que l’on parvient à être quelqu’un.

Silvio, lui, est quelqu’un. En dépit d’un contexte réellement difficile, il a décidé de faire de sa vie une série d’actes, de mouvements et de moments qu’il ne pourra d’aucune façon regretter au bord de son passage vers l’au-delà. Sa vie est belle au sens qu’elle est grande et hautement respectable. Pourtant, à de nombreuses reprises il a du faire face à d’importants dilemmes moraux où il était plus facile de céder à la tentation que de camper sur ses positions. Non sans difficulté, il a fait le choix de rester fidèle à ses convictions et à ses idéaux et de dire non à beaucoup d’argent et de confort. Il a préféré s’assurer un avenir brillant qu’un avenir sûr. Il a fait de sa vie une vie difficile, certes, mais une vie belle.

Et puis il est aussi question d’état d’esprit, de philosophie de vie. La vie dépend de la façon dont on l’aborde. Elle dépend du regard que l’on lui porte. Il est des êtres sombres à la vie pourtant facile tout comme il est des êtres lumineux à la vie difficile. Silvio a évidemment choisi la deuxième équipe. Il sourit à la vie et la chérit. Il est de ces poètes dont les moments durs n’abîment en rien la vitalité et l’énergie positive. Il est la lumière qui traverse la vie à travers la sombre foule…

En résulte un film léger sur un sujet pourtant plutôt lourd. Une vie difficile est un film subtil de la noble race de ceux pratiquant l’art de la dédramatisation et faisant ainsi partie d’un genre que j’aime à appeler : le dé-drama.

Une vie difficile fait aussi partie du cercle fermé des films dont les scènes semblent s’imprimer à la mémoire en même temps qu’elles défilent devant la rétine.

Il y a cette fuite dans la pénombre et à travers les balles qui fusent… Il y a cette planque hors du temps et hors de l’Histoire… Il y a la beauté candide de Lea Massari… Il y a cet hilarant repas mondain métaphore de la lutte des classes… Il y a cette correspondance épistolaire depuis la prison dans laquelle un ressort burlesque se mêle à la beauté des sentiments… Il y a la nouvelle de la mort de Staline noyée dans les petits tracas de la vie quotidienne… Il y a cette salle d’examen oral que la caméra parvient à rendre effrayante comme en épousant le regard apeuré de ceux qui ont connu ce moment… Il y a, "caché" derrière une vitre, une mélancolique jalousie… Il y a cette musique comme parfaite illustration des images… ll y a, pour finir avec panache, cette claque avec élan dans la face des conventions sociales…

Le film commence par une fuite de la mort et se termine par une fuite de la bonne vie en société. Et ce qu’il reste, au final, c’est l’amour. Cette chose magique grâce à laquelle l’alchimie entre deux êtres les fait se partager un destin en même temps que des moments de bonheur qui resteront à jamais et en dépit de tout le reste.

Comme disait Oscar Wilde : « La vie n’est qu’un mauvais quart d’heure composé de moments exquis. » Comme disait… moi-même : « La vie est belle, c’est vous qui êtes moches. »

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