Reporter de guerre, complètement à l'Ouest

Avis sur Vers la bataille

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Alléché par l’odeur du western, Vers la bataille était l’un de mes choix ciné n°1 cette semaine.
J’étais très étonné par la combinaison de sortie excessivement restreinte du film (19 salles françaises et seulement deux écrans – aux Halles et au Reflet Médicis – à Paris) et l’ai donc découvert cet après-midi, sans tarder, dès le premier week end de sortie, lors d’un petit marathon salles obscures (4 séances presque de suite, il faut bien rattraper le temps perdu et ces longs mois de fermeture).

Si le film compte quelques indéniables défauts dans le déroulement de sa trame scénaristique ainsi que dans certains dialogues un peu trop écrits, j’ai passé un vrai et agréable moment de cinéma !
Les westerns français sont rares – on peut citer dernièrement Les frères Sisters du compère Jacques Audiard, ou l’année dernière le très moyen L’Etat Sauvage de David Perrault. Plus globalement, on peut même dire que les westerns modernes sont rares. Il s’agit d’un genre qui a perdu de sa superbe et de son attrait auprès du public.

Vers la bataille est le premier long métrage d'Aurélien Vernhes-Lermusiaux, après plusieurs courts métrages depuis 2010, dont Les Photographes en 2015. Je dis ça car l’intrigue de Vers la bataille est centrée autour du personnage de Louis, photographe français célèbre qui, vers les années 1860, part au Mexique comme reporter de guerre pour prendre des clichés de la guerre coloniale qui oppose français et mexicains. Perdu dans ce territoire qu’il ne connaît pas, Louis passe la majeure partie du film à chercher désespérément le lieu des combats, assisté par Pinto, un campesino mexicain qui lui a sauvé la vie.

Je ne connaissais pas du tout ce pan d’histoire mais après quelques recherches, il est vrai que la France eut à cette période des visées sur le Mexique. L’intervention française au Mexique, appelée également « l'expédition du Mexique », eut lieu de 1861 à 1867, sous la direction de Napoléon III. Près de 40 000 soldats français y furent envoyés, jusqu’au retrait des forces tricolores sous la pression des États-Unis.

Vers la bataille est finalement autant un western – reprenant un certain nombre de codes du genre, comme les longues chevauchées à travers des territoires isolés aux confins du monde, les bataillons de tuniques bleues sanguinaires et les villages indigènes incendiés, les aventures de cowboys solitaires – qu’un film de « Reporter de guerre », ce qui est maintenant quasiment un genre en soi.

La beauté des paysages m’a vraiment transporté. Ici, point de désert sablonneux à la John Ford, mais plutôt la sierra – ces hauts plateaux herbeux et montagneux – et un petit passage poétique comme un rêve dans la selva – la forêt tropicale. Le film m'a donné une envie folle de retourner en Amérique Latine !

Ayant pour personnage principal un photographe, le cadrage et la lumière du film se devaient d’être au top. Ils le sont bel et bien, sublimes grâce au travail du chef opérateur David Chambille, à qui l’on devait déjà la photo de films comme Les Invisibles de Louis-Julien Petit en 2018, Jeanne de Brunot Dumont en 2019, ainsi que le nouveau film de ce dernier, France, dont la sortie est prévue pour septembre.

Un plan très cinématographique m’a particulièrement marqué : un long traveling en plongée vers la fin du film, où l’on passe sans coupe des pavés et détritus des rues de Paris aux carabines et débris de canons du champ de bataille mexicain. Un plan qui résume en quelque sorte l’ensemble de la trajectoire du personnage principal, son besoin de quitter la capitale en quête d’aventure et d’actions militaires à immortaliser.

Un mot pour terminer sur les acteurs, tous très bons. Malik Zidi perce enfin au cinéma, après être resté plusieurs années dans l’ombre. Il était à l’affiche de Play en 2020, de Tout ce qu’il me reste de la révolution en 2019, ou encore de Gauguin en 2017. Présent dans quasiment tous les plans, il crève ici l’écran. J’ai également une affection toute particulière pour Cosme Castro (pour moi l'une des plus belles gueules du cinéma français), qui joue ici le rôle secondaire du Lieutenant Barbu et que j’ai découvert dans plusieurs courts métrages géniaux ces dernières années. Cantonné pour le moment dans les longs métrages à des seconds rôles (Un peuple et son roi, Gaz de France, Catacombes, L’écume des jours), j’ai hâte de le voir à l'avenir en tête d’affiche !

Bien que bardé de défauts des premiers films, Vers la bataille est un long métrage touchant et sensoriel, rempli d’idées de cinéma. Un film qui ne mérite pas sa si faible combinaison de sortie, et que j’ai envie de défendre et de faire découvrir.

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