Rares sont les films qui suscitent autant d’émotion chez le spectateur. Mississippi Burning fait partie de ces longs métrages devenus cultes instantanément, dès leur sortie au cinéma. Le racisme latent dans les Etats américains du Sud, et l’emprise du Ku Klux Klan sur les communautés des années 1960 ont rarement été aussi bien filmées (dans la même veine, on pourra citer American History X, de Tony Kaye, ou le plus récent BlacKkKlansman de Spike Lee).

Dans la deuxième moitié des années 1980, Alan Parker est l’un des cinéastes d’Hollywood les plus en vue. Son film précédent, Angel Heart, a été un immense succès, et ses premières réalisations comme Midnight Express ou Birdy l’ont propulsé sur les devants de la scène cinématographique internationale.

Comme c’est souvent le cas aux Etats-Unis – contrairement à la France –, Parker n’est pas à l’initiative du projet. On pourrait dire qu’il s’agit d’une commande : en 1987, c’est le producteur d’Orion, grosse société de production indépendante US (bien qu’entretenant des liens forts avec Warner), qui demande à Parker de réaliser le film. Le scénario a été écrit par un jeune débutant, Chris Gerolmo, qui s’est inspiré d’une histoire vraie survenue en 1964 dans l’Etat du Mississippi. Lorsqu’on lui propose le projet, Willem Dafoe et Gene Hackman sont déjà confirmés au casting, dans le costume des deux agents du FBI. Alan Parker est vite conquis par le projet. Le reste du casting n'est pas encore défini : c’est lui qui recrute Francès McDorman dans le rôle de Mrs Pell, l’épouse d’un membre du KKK, offrant par là même à l’actrice l’un de ses tous premiers rôles au cinéma (elle a joué l’année précédente dans Arizona Junior, le deuxième film des Frères Coen).

Mississippi Burning est un film d’enquête. Celle de deux agents du FBI (Ward, fraichement sorti des bancs de l’école d’enquêteurs ; et Anderson, un vieux de la vieille aux méthodes plus vigoureuses) suite à la disparition de trois activistes – deux Blancs et un Noir – militants pour les droits civiques de la communauté afro-américaine. Tout porte à croire que les trois jeunes ont été assassinés par le Ku Klux Klan. Face aux méfiances et critiques de la part du bureau du shérif et de la population blanche, nos deux enquêteurs décident de mettre de paquet, de secouer le cocotier pour en faire tomber les fruits pourris.

Le premier plan du long métrage, juste avant le générique, est l’une des plus belles ouvertures du Cinéma. Un mur gris et sale compte deux robinets, l’un pour les Blancs, l’autre pour les Noirs. Une canalisation verticale coupe l’image en deux parties distinctes et égales. Un homme blanc entre à gauche, se désaltère au robinet « White », puis sort à gauche. Quelques secondes plus tard, un jeune Noir entre à droite, se penche au lavabo « Colored » pour y boire une lampée, puis sort, lui aussi par la gauche. La symbolique est forte : cette séquence figure à elle seule toute la discrimination qui sévit encore dans l’Etat du Mississippi, malgré l’absolution de la ségrégation raciale par le Civil Rights Act de 1964.

Bien que Mississippi Burning soit un film d'enquête, il n’est pas construit comme un film à suspense. Nous assistons dans les premières minutes à l’assassinat des trois activistes par des Blancs masqués. Nous savons qu’ils sont bien morts, et pas « disparus ». Cette connaissance des faits que nous avons en tant que spectateur renforce notre dégoût lorsque les enquêteurs du FBI démarrent leur enquête et que la population blanche répond unanimement que les trois jeunes sont sans doute en train de siroter une bière dans un bar dans un autre Etat, ou en train de faire la fête en se moquant de l’enquête en cours.

Le film compte un certain nombre de scènes particulièrement saisissantes, qu’il faudrait étudier dans les écoles de cinéma. Bien sûr ces croix et maisons qui brûlent dans la nuit, et qui donnent toute sa signification au titre Mississippi Burning ; mais aussi la séquence de course-poursuite précédant l’assassinat des jeunes, sur cette route cabossée où les voitures apparaissent et disparaissent dans les creux de la route (encore une forte symbolique).

Le long métrage d’Alan Parker est une immense réussite. Le film reste toujours centré sur l’enquête en cours, sur les recherches et les avancées des fédéraux, et ne s’éparpille jamais en disgressions. La manière dont il présente le FBI alors sous l’ère Hoover m’a fait penser au récent Killers of the flower Moon de Scorsese : les deux films expérimentent la même approche du film d’enquête, et il ne fait pour moi aucun doute que Mississippi Burning fut l’un des films de référence du maître Scorsese lorsqu'il débuta son travail dans Killers.

Sur les 7 nominations que reçoit Mississippi Burning au cru 1989 des Oscars, le drame policier n’en tirera qu’une seule statuette, celle de la meilleure photographie. Une récompense ô combien méritée, tant le film émeut et secoue son public. Un incontournable !

D. Styx

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