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On parle beaucoup, pour ce film, de la critique des hôpitaux psychiatriques aux Etats Unis dans les années 60/70, enfin à l'époque quoi. Mais je trouve que au delà de ça, le film soulève des questions sur le soin et les soignants, des questions qui restent pertinentes et le resteront sûrement encore longtemps.

Je pars du postulat que le docteur et nurse Ratched et les autres ont réellement pour objectif le soin, l'aide aux patients. C'est en tout cas plusieurs fois exprimé par les personnages, je pense donc qu'on peut supposer que c'est ce qu'ils pensent, au moins consciemment.

La question de l'asymétrie de la relation soignant-soigné, et la question du pouvoir qui va avec cette relation, apparaît dans ce film. Et donc l'interrogation de à partir de quand l'utilisation de ce pouvoir devient abus ? Je prendrais par exemple le rationnement des cigarettes. Si elles sont rationnées c'est, d'après l'infirmière, pour éviter que les patients les perdent toutes aux cartes contre Mac. Cela pourrait sembler pertinent, mais à partir du moment où les patients expriment un souhait inverse, est ce que ça reste une action pour le bien de la personne ? Bien sûr ça peut sembler évident au vu de la scène violente qui suit dans le film, mais n'oublions pas que ces patients sont "fous" et ce genre de situation peut à priori arriver en vrai, avec par exemple le refus de médicament ou d'un acte de soin. Et ce refus peut être fait de la part de quelqu'un de malade et dont la perception de la réalité peut être altérée (Schizophrène, parano, DTA...) . Dans ce genre de cas, plus proche je pense de ce qu'il serait possible de voir aujourd'hui, la limite me semble fine entre le soin et la maltraitance... Et je pense que le film permet d’apercevoir cela, et de le questionner.

Un autre sujet abordé dans le film de Milos Forman me semble être celui de l'institution. Il peut arrivé qu'une institution, une structure, oublie son but premier (ici le soin des "fous"), pour adopter une dynamique de "gestionnaire". Son but devient alors uniquement que tout se passe bien, sans accrocs ni problèmes, tout doit bien tourner. Et ce au dépend des usagers. Pour moi dans ce film c'est un peu le cas, et on voit ça à la façon de traiter les débordements, non comme l'expression d'un mal être mais comme une rébellion à écraser. Typiquement, le comportement de l'équipe soignante envers Mac, en est un exemple. Il est sans cesse réprimé, et ce malgré le fait que sa présence semble profiter aux autres, mais au dépend de la tranquillité de l'équipe. Le but de soin n'est plus au premier plan. Dans le film, comme dans la vie, quand ça arrive ce n'est à priori pas conscient.

Il y a également le coup de la prédiction auto-réalisatrice. Dès le début Mac est désigné comme dangereux et tous les comportements que les soignants adoptent envers lui, malgré sa bonne volonté et son impact positif sur les autres, me semblent marqués par cette idée, et mènent logiquement à la scène d’agression de l'infirmière (via l'élément déclencheur). On voulait qu'il soit violent, on l'a poussé à l'être. Ce qui permet de justifier d'aller encore plus loin dans les mesures prises auparavant. Ceci est un autre problème qui peut apparaître dans les établissements de soin.

Enfin je pense que l'infirmière Ratched peut être un exemple (un peu extrême) d'une soignante dépendante de ses patients. Elle semble apprécier sa position, s'en féliciter. Elle aime ce pouvoir qu'elle a sur tous et se sent sûrement valorisé par cela. Et quand elle pense le perdre, elle dérape. Il y a par exemple la scène du vote, ainsi que celle vers la fin du film, où après sa nuit avec Candy, le bègue ne bégaie plus et semble libéré d'un poids. Mais immédiatement elle reprend le dessus en le menaçant, manifestement grâce à ce qu'elle sait de lui et de ses vulnérabilités.

Bon je pense avoir fait le tour de ce que j'avais à dire. Toutes les dérives du soin qui apparaissent dans le film, sont à mon avis toujours possible aujourd'hui. Probablement pas dans ces proportions, mais quand même.
On peut supposer que les moyens à disposition sont des facteurs d'apparition de ces dérives. Comment prendre le temps de gérer comme il faut une personne âgée qui refuse sa toilette quand on a que 5 minutes à lui accorder ? Comment mobiliser une personne pour s'occuper calmement d'un patient violent quand le nombre de soignant suffit déjà à peine en temps normal ? Comment garder un jugement clair et bienveillant quand on est épuisé par une nuit de travail ?

Jo__L
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il y a 2 ans

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2 commentaires

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