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Que ce soit dit, je n'aime pas les films estampillés Zack Snyder. Enfin, la réalité est plus complexe que ça : je peux apprécier le style Snyder dans la réalisation, ce style très léché et très esthétique, ses plans ralentis de grande classe, et (parfois) ces choix graphiques, mais je n'aime pas ses films, haïssant même 300 ou Sucker Punch. A sa sortie en salle en 2009, Watchmen m'avait fait le même effet, je n'avais pas apprécié. Et voilà que je le revois, et mon avis s'est nuancé. Et ceci sera le point de départ d'une volonté de rétrospective complète de la filmographie de Zack Snyder pour bien approfondir mon opinion vis-à-vis de son cinéma, qui contient à la fois les ingrédients de ma détestation et de mon adoration. D'où l'interrogation directrice : qu'est-ce qui fait penché la balance de l'opinion final plus vers l'une ou vers l'autre ? Première étape de cette tentative d'éclaircissement avec mon préféré de Snyder, l'exception qui permettra de relever les diverses facettes du réalisateur : Watchmen (sous-titré Les Gardiens en VF).

Il serait incontestablement faux de dire que Watchmen est un mauvais film. Qu'on aime ou n'aime pas le style Snyder ou encore le matériau de base, à savoir le comic-book d'Alan Moore datant de la fin des années 1980, ce film de super-héros atypique mérite d'être vu. Parce que malgré des défauts sur lesquels nous reviendrons ultérieurement, cela reste une œuvre ambitieuse, complète et aboutie, du moins sur le plan de la forme.
Le visuel pur. C'est là où Snyder excelle, on le sait, avec la vision esthétisée du cinéma qui fait, entre autre, sa marque de fabrique. Personnellement, dans des films comme 300, Sucker Punch et même Man of Steel, ce cachet donné à l'image ne me rendait pas le visionnage agréable, bien au contraire (le dernier film Superman étant d'ailleurs là l'exemple parfait de surcharge de ce procédé visuel).
Watchmen en est l'exception. Avec une ambiance visuelle obscure et sale collant parfaitement à l'atmosphère de déliquescence humaine et de violence perpétuelle du film, Snyder enchaîne là les bons choix de réalisation par une succession de plans tantôt sublimes tantôt astucieux, le générique d'ouverture (de toute beauté, sur du Bob Dylan) annonçant d'entrée de film la couleur.

En parlant de l'intro avec du Dylan, c'est peut-être justement avant tout au niveau de la B.O. que Watchmen se hisse presque – et je dis bien presque - au seuil des grands films, et devient pour moi un prétendant légitime au titre tant convoité d’œuvre culte, du moins est-ce aussi légitime que les débats qu'ils suscitent entre, notamment, les défenseurs de l’œuvre papier originale et ceux de l'adaptation « snyderienne ». Citons sans exhaustivité la présence dans la B.O. de Simon & Garfunkel, de Janis Joplin ou encore de Hallelujah de Leonard Cohen, une liste qui fait que l'album « Watchmen OST » fait partie des albums d'OST que je peux écouter de bout en bout et en boucle (privilège réservé d'habitude aux Tarantino).
Peut-être qu'à ma première lecture de ce film, à sa sortie, accordai-je moins d'importance à ce qui entoure l'histoire à proprement parlé et le scénario (le divertissement, en somme), c'est-à-dire les choix artistiques en terme d'image et de musique, qui font véritablement la différence entre les bons films et les chefs d’œuvre. Voilà pourquoi mon avis a changé, sans doute. Attention, je ne dis pas qu'il s'agit d'un chef d’œuvre. Car Watchmen n'en est pas un. A l'image d'un Cloud Atlas (des frères Wachowski), un film avec tant d'ambition ne pouvait pas être parfait de bout en bout.

Ceci étant dit, la perfection absolue n'existe que virtuellement et ce qui me fait ne mettre «que» 8/10 (c'est déjà beaucoup, en fait, pour un Snyder) est un ensemble de défaut bien réels pour le coup : le style Snyder, mais en ce qui concerne le fond et le propos, cette fois. Dans 300, et son tout aussi abominable spin-off Rise of an Empire produit et scénarisé par l'ami Zack, le commentaire américano-américain sur la Guerre d'Irak crevait les yeux, et c'était craignos, qu'on se le dise.
Ici, Snyder greffe son propos sur une œuvre controversée et transgressive, et il y a de quoi rester perplexe, notamment devant la fin du film (enfin un peu avant la fin : pas la publication du Journal de Rorschach). Attention là encore, ce n'est pas une éventuelle aliénation du comic d'origine que condamnent les puristes que je pointe du doigt : une adaptation à un nouveau support conduit inexorablement à « adapter » justement et à faire des choix de changements, d'autant plus lorsqu'on adapte dans les années 2000-2010 une œuvre écrite alors que c'était encore la Guerre Froide.
Mais Snyder est républicain, ultra-conservateur, et tout ce que cela implique, et cela se voit. Paradoxalement, alors que ce propos est moins présent dans Watchmen que dans 300, il est encore plus dérangeant dans un film tiré d'un comic écrit par un anarchiste affiché. Du côté des thèses républicaines, surtout présentes à la fin, on retrouve la justification du mensonge d’État pour « le bien du plus grand nombre » qui nous renvoie là encore aux mensonges américains justifiant la seconde guerre du Golfe, et la métaphore divine du Dr. Manhattan, encore là basée sur un mensonge dont on s’accommode avec la plus grande aisance (tant que les gens penseront que Manhattan, exilé pour la petite histoire au moins sur Alpha du Centaure, si ce n'est plus loin, veille encore un œil sur eux, ça va, alors que ce même gars vient de déclencher une apocalypse nucléaire : autrement dit, tant qu'il y aura Dieu.. bref). Dans ce monde fou c'est le fou qu'est Rorschach qui s'avère le plus censé et celui ayant le plus de valeurs, résultat il finit pulvérisé (pas mort, hein, le gars n'existe physiquement plus). Mais ce n'est pas en soit cette fin subversive le problème, en soit c'est même plutôt rafraichissant, mais son commentaire en filigrane : là où cela aurait du être un commentaire acide sur l'Humanité et les extrémités qui conduisent à son hypothétique réconciliation, cela devient une réalité dont Snyder et par extension ses personnages s’accommodent avec le sourire, en témoigne la reprise de vie normale « happy ending » du Hibou et de Spectre Soyeux, complices au moins par omission de 15 millions de morts quand même ! Snyder passe donc à côté du message ou du moins le livre à sa sauce, sauce ultra-catholique d'une Amérique ultraconservatrice que je ne peux digérer, même dans le meilleur met filmique.
Et pour brièvement revenir à la fois sur la fin et sur la forme de la fin, le ratage est à la réflexion vraiment complet car l'ultime scène d'action est poussive comparée à celle de l'évasion de Rorschach par exemple.

Ratage complet sur la fin (fond et forme confondu), propos conservateurs, film trop ambitieux flirtant avec le prétentieux, à quoi je peux ajouter des personnages trop peu approfondis (Ozymandias) : Watchmen n'est définitivement pas un chef d’œuvre. Mais reste que cette fois dans la balance continue entre Snyder l'esthétique et Snyder le républicain, qui est tout à la fois la balance entre mon plaisir et mon dégoût devant ses créations, Watchmen penche sans doute vers le premier camp, car je ne peux nier en avoir apprécié bien des aspects.
Nul doute cependant que Snyder peut remercier Alan Moore pour la mine d'or scénaristique et filmique qu'est son comic-book. Néanmoins, comme en témoigne le refus de l'auteur d'être crédité au générique, lui le sulfureux, lui l'anarchiste, nul doute qu'Alan Moore ne remercie pas Snyder, pour sa part.

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