Avis sur

Where to Invade Next

Avatar Kwal
Critique publiée par le

Je n'avais vu que deux documentaires de Moore : "Bowling for Columbine" et "Fahrenheit 9/11" (beaucoup plus dispensable que le précédent).
Le premier constat est que "Where to invade next" est résolument plus optimiste que ses précédents travaux.

Le synopsis : Moore décide "d'envahir" des pays (pour la plupart européens) dans le but d'importer les meilleures idées de chaque pays aux États-Unis.

Le film est souvent drôle, d'une part grâce aux réactions et à l'incrédulité de Michael Moore face aux avancées qui sont inimaginables dans son pays (8 semaines de congés payés, études gratuites, détenus possédant les clefs de leur cellule, dépénalisation des drogues, etc.) et d'autre part grâce aux changements de plans brutaux où l'on compare un pays avec la triste réalité des USA, et le contraste fait souvent mouche.

Bien entendu c'est Michael Moore donc forcément acerbe et cynique vis à vis de son pays, et c'est là que cela devient le plus intéressant, du moins pour nous européens qui ne connaissons pas en profondeur le système américain.
Je pense en particulier au passage expliquant que la lutte contre la drogue est en réalité une façon déguisée d'instaurer de nouveau l'esclavage des noirs.

Bien sûr le film n'est pas exempt de défaut, notamment lors de la scène en Allemagne à propos du devoir de mémoire (sur la Shoah of course, what else ?) qui est indigeste au possible.

Autre passage notable, qui est pourtant l'un de mes passages préférés :
Le pouvoir et les femmes, avec l'exemple de la première présidente élue (c'était en Islande en 1980) ainsi que plusieurs dirigeantes de grosses sociétés islandaises, et plus généralement le combat des femmes pour la revendication de leurs droits à travers le monde au cours de différentes périodes.
Globalement le discours est très juste (et au passage, c'est nous qui prenons une leçon, quand on voit qu'en France lorsqu'une députée met une robe, elle se fait siffler par l'assemblée...).
Cependant j'ai failli m'étrangler et pouffer de rire lorsque l'on arrive à la conclusion que c'est dans l'ADN des femmes d'être plus douces et moins individualistes que les hommes, et de ne pas faire la guerre (sic).
C'est dommage de ternir tout le travail fait précédemment avec ce discours cliché au possible (et accessoirement complètement faux).

Alors oui, on peut reprocher à Moore son parti pris et sa subjectivité (voire une campagne politique pour Clinton versus Trump).
Je trouve au contraire qu'il a le mérite d'être transparent et d'assumer ses opinions, contrairement à la majorité des documentaires voulant faire croire une totale impartialité (ce qui est bien entendu impossible).

C'est surtout l'épilogue du film qui risque de faire grincer des dents, car dans ce twist final, On apprend finalement que toutes ces merveilleuse idées éparpillées un peu partout sont en réalité....américaines !
La vache, celle-là fallait oser la sortir sans trembler des genoux !
Mais ce qu'il ne faut pas oublier, c'est que ce film est avant tout réalisé pour un public américain, Moore s'adresse à ses compatriotes, et je suis persuadé que lui-même sait que ce qu'il dit est inexact (ou du moins en partie) mais il sait également comment leur parler pour que le message passe : en gonflant leur orgueil et leur complexe de supériorité.
C'est un mal pour un bien : si ce procédé permet aux américains d'être plus réceptif au message positif de Moore, cela me parait légitime.
C'est aussi la première fois que je me rends compte que Moore aime profondément son pays.

Car oui, c'est un film positif et optimiste, et c'est tellement rare qu'un film me booste et me fasse voir les bons cotés de mon pays, que je ferme les yeux sur les travers qu'il omet volontairement.

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 1005 fois
12 apprécient · 2 n'apprécient pas

Autres actions de Kwal Where to Invade Next