Here comes the seum

Avis sur Yesterday

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Le prolifique Danny Boyle ne semble fournir aucun effort pour s'extirper de sa position de tête à claque préférée des cinéphiles. Il faut bien avouer qu'il a toujours flirté avec le vilain, le tapageur, et la faute de goût plus ou moins assumée.

Pour beaucoup, les films de Boyle sont aussi classieux qu'une mini-jupe à paillettes trop courte sur une anglaise bourrée un vendredi soir dans les rues de Liverpool. Il a également mangé salement pour des films tout à fait honorables. Si Trainspotting est une réussite qu'on ne saurait contester sans faire preuve de mauvaise foi, le clivant Slumdog millionnaire avait à la fois reçu un succès mondial et une volée de bois de vert de la part de gens indisposés par sa représentation du pognon et sa réalisation clipesque.

Avec Yesterday, le sosie officiel de Morrissey semble accepter son sort de réalisateur cynique qui aime bien saloper des scénarios originaux - un doute persiste sur le caractère original - avec des effets de caméra et des choix scénaristiques douteux.

Pour résumer le film en deux mots : Un jeune chanteur bascule dans un monde où les Beatles n'ont jamais existé. Voilà le truc, c'est ce qu'il y a de meilleur, ça aurait du s'arrêter là tout compte fait. Car le reste du film n'est qu'un enrobage ultra conventionnel de comédie romantique à la sauce UK. N'importe quel type un peu rompu à ce genre de situation imaginaire ou qui a vu Jean-Philippe (un bien meilleur film au passage), sent qu'une série d'étapes obligatoires vont devoir être respectées : monde normal & situation personnelle du héros pas brillante, événement surnaturel qui survient (bien souvent un choc à la tête), découverte qu'on est le seul au monde à connaitre l'artiste culte en question, allègre pillage du catalogue, life pro upgradée comme on dit sur Linkedin, amourette artificiellement compliquée, confrontation avec la plus grande star de la chanson du monde, en l’occurrence Ed Sheeran (rires), cas de conscience "est-ce du plagiat que de voler des chansons qui n'existent pas" - Gad Elmaleh répond que non - expiation en mondovision, réconciliation avec son véritable amour, scène de famille dans le parc où tout le monde chante ob-la-di ob-la-da. FIN.

Il aurait été plus original de ne pas respecter ces étapes à la lettre et d'ignorer ces ressorts pour le moins évidents. Comme de s'imaginer que le succès des chansons peut être tributaire de facteurs qui nous échappent. Et dieu sait qu'actuellement beaucoup de chansons de merde rencontrent une gloire injustifiée. Il ne serait pas si déconnant que cela d'imaginer que si un jeune britannique comme Jack sortait "she loves you" en 2019, la chanson n'aurait qu'un succès modéré. Boyle part du principe que toutes les chansons des Beatles sont marquées de l'irrémédiable sceau du succès mondial. Et il y avait matière à en douter, à proposer justement une alternative à ce monde parallèle qui n'en est plus vraiment un à la fin du film. Mais je projette mes propres fantasmes de film...

Le plus agréable est donc cette première demi-heure, celle où le spectateur est le plus susceptible de s'identifier au héros. Un enfant du rock qui a le réflexe d'aller regarder dans sa collection de disques si Revolver se trouve bien à sa place, de constater qu'Oasis n'existe pas non plus, qui tente de se rappeler des paroles... Ce sont les rares moments savoureux du film (let it be dans le salon familial en est un autre).

Parce que la carrière bling bling et la vie sentimentale de Jack n'ont qu'un intérêt modeste, à moins d'avoir 9 ans et de découvrir le cinéma. La relation qui domine la seconde partie du film n'est guère plus exaltante. Jack et son agent cynique ultra lourdingue (Kate Mckinnon) font basculer l'ensemble dans un univers digne d'Hélène et les garçons, vous savez les épisodes avec le méchant producteur aux cheveux plaqués en arrière qui fait étalage perpétuel de son appât du gain (ne vous sentez pas écrasés par mon imposante culture scénaristique).

Et elle en fait littéralement des caisses, surtout quand elle crie l'une des pires répliques de l'année : "Au nom de l'argent arrêtez !" quand le héros s'enfuit avec sa bien aimée suite à la séance de contrition géante à Wembley. Jean-Luc Azoulay lui-même n'aurait pas osé.

Danny Boyle a donc raté sa cible alors qu'il disposait d'une visée automatique. Comment foirer un tel film alors que tout le monde ne demandait qu'à l'aimer ? Même un petit peu. C'est bien simple, il a foiré car il a choisi l'argent. Il a exploité une dystopie autour du plus grand groupe du monde, pour alimenter une histoire d'amour absolument sans intérêt, et ainsi pondre une fin déjà vue mille fois. Je ne suis pas certain que cela fut payant niveau box-office.

Un film qui ne s'adresse donc pas vraiment aux fans des Beatles, mais au public de feel good movies, qui connaissent vaguement un best of des Beatles, mais qui veulent surtout savoir si le type révèle son secret à la fin, s'il termine en couple avec la bonne fille et s'ils ont bien des tas de gosses qu'ils promènent dans un parc bien vert en écoutant Ob-la-di Ob-la-da.

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