Le mec ne se souvient pas qu'une météorite a détruit une ville de son pays quelques années avant...

Avis sur Your Name.

Avatar davidson
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EDIT : je reviens sur ce film que je méprise évidemment toujours autant.
En fait, j'ai vu plusieurs films de Makoto Shinkai et il a de sérieux problèmes de cohérence dans ces scénarios, Your Name n'est pas un cas isolé, mais j'ai aussi noté qu'il s'inspire des séries animées. La tour du film La Tour au-delà des nuages vient par exemple de ce qu'il a aimé la tour Karin dans Dragon Ball, sauf que dans la série de Toriyama la tour a un sens, alors qu'il est assez bancal dans le film de Makoto Shinkai. Mais, Your Name s'inspire pour son concept de deux séries récentes pas très connues. D'abord, le concept de permutation des corps fille-garçon et le fait de se toucher grossièrement les seins ou l'entrejambe dès que ça arrive, Shinkai n'a fait que reprendre cela à la série Yamada et les sept sorcières, série de 2011 à peu près. Et évidemment, malgré son ton léger pour les gosses opposé à la pose de film mature de Your Name, non seulement la grossièreté de se toucher les seins passe mieux, se fond mieux dans la tonalité d'ensemble d'une oeuvre, mais cerise sur le gâteau le procédé de permutation des corps a un sens dans l'intrigue de la série pour jeunes, alors qu'elle n'en a pas dans le film Your Name. Certes, dans Yamada et les sept soricères, on ne sait pas d'où vient la magie dans le lycée, mais entre les deux personnages principaux il y a eu un contact physique, le baiser involontaire, symbole en même temps du transfert de l'âme, qui provoque le phénomène. Dans Your Name, la permutation n'est pas motivée, il n'y a pas de contact physique, ni moment clef, une gratuité totale. Il faut dire que Makoto Shinkai a voulu compliquer l'affaire avec le décalage des trois ans, mais ce décalage il l'a repris à une superbe série contemporaine de Yamada et les sept sorcières. Zetsuen no Tempest ou The Civilization Blaster est une série de 2012 fortement influencée par le théâtre de Shakespeare et notamment la pièce La Tempête à laquelle le titre même fait allusion. La série Zetsuen no tempest a influencé la pétrification au début de Dr. Stone et elle a inspiré à Makoto Shinkai le principe du décalage temporel. Mais, dans Zetsuen no Tempest, il y a un scénario, une intrigue et une certaine cohérence avec ce jeu de saut temporel. Your Name a cherché sa propre voie, mais a échoué lamentablement. Le héros ne se souvient pas d'une chute de météorite il y a trois ans dans son propre pays, alors qu'il était déjà ado et qu'à la fin du film on le voit jeune qui trouve que c'est une des plus belles visions de sa vie comme spectacle. Au fait, vous en connaissez beaucoup des villes qui ont été détruites par des météorites ? Moi, je n'en connais pas. Il faut vraiment être désinvolte pour oublier un truc pareil. Ensuite, comme il y a un décalage de trois ans, comment l'héroïne peut-elle lorsqu'elle va à la rencontre du héros qu'il n'est pas un lycéen, mais un collégien trois ans plus jeune que prévu ? Puis, comme le héros ne fait pas attention à elle tout en acceptant son bracelet, comment peut-on admettre qu'il garde ce bracelet au poignet, imitation cette fois d'une série dans le genre de Nisekoi, alors qu'il n'a aucun souvenir de cette fille, qu'elle ne lui est rien et qu'il n'associe pas ce bracelet à la météorite, alors qu'il l'a reçu en don ce jour-là ?
En fait, les gens qui aiment Makoto Shinaki, ils se la pètent, mais ils ne comprennent rien à l'art. Il y a certes de belles images, mais le scénario est épouvantable. Il n'y a que des failles, ce n'est que du sensationnalisme.

Voilà, j'ai tout dit sur la solidité poétique de ce film. Si vous aimez l'histoire de ce film, c'est que vous avez un énorme mépris pour la narration, pour la vraisemblance, etc., pour ne pas dire pire... En plus, la donnée de départ qui peut fasciner, l'échange des corps est traitée par-dessus la jambe et on nous prive de ce qui était intéressant : l'étonnement des héros, l'immédiateté de leurs réactions,... Le scénario lisse tout et gomme le risque qu'ils disent un mot de trop en n'étant pas dans leurs corps, on nous évite le récit pourtant potentiellement captivant de la première journée du garçon en fille, on nous évacue les progressions par un récit final elliptique de synthèse où on nous soutient qu'ils s'arrangent pour garder cela secret, on ne sait pourquoi, qu'ils s'arrangent pour aménager leurs vies et leurs intimités respectives, avec une sorte de science tempérée très étudiée. N'importe quoi ! Et qu'est-ce que c'est fade ! Le scénario se plie en quatre pour nous faire passer la pilule de l'invraisemblable passivité des deux héros... Entre mille absurdité, les deux héros vont à l'école et ignorent les dates, ce qui est une facilité éhontée pour nous faire gober un suspense de l'intrigue (quelle misère, quel auteur minable!) ou ils ne souffrent pas du fait que, remplacés mutuellement, ils ont des lacunes dans leurs connaissances.
Le contemplatif est devenu le prétexte à valoriser de manière pédante des récits assez creux, "yuru camp" la série avec l'opening emprunté aux Jackson V étant le sommet dans le domaine.
Je ne vais pas en dire plus long, je ne veux pas débattre avec ceux qui se diront : "Oui, mais quand même..." Un défaut pareil, ça me met hors de moi, surtout que, si vous suivez jusqu'au bout, vous voyez que, le garçon, on nous le montre pourtant, dans un témoignage sur son passé, qui vit cela comme un spectacle marquant (j'ai, je crois, habilement évité de spoiler, je ne peux pas faire mieux sans détailler l'évolution de l'intrigue).
Beaucoup de poncifs, une grande mise en scène du cliché de l'amour consacré devant un feu d'artifice mais ici sur le plan plus fou d'une météorite qui se désintègre dans le ciel. Nous avons une énième œuvre sur le voyage dans le temps avec invocation à la clef, mais il s'agit aussi encore une fois d'une œuvre qui ne maîtrise pas l'exercice et qui se rate complètement dans la logique du voyage temporel. Je ne dis pas toutes les anomalies repérées pour ne pas spoiler, mais sérieusement il y a deux défauts majeurs à tout le moins. J'ai cité le fait que le garçon n'ait pas le souvenir de la chute de météorite dévastatrice, mais le garçon est censé avoir cinq ans de moins que cette fille dans les moments où ils se rencontrent sans passer par l'invocation..., cinq ans de moins... Par exemple, dans le métro à Tokyo, on doit avoir une lycéenne devant un petit collégien...
Pour ce qui est de la double invocation prétexte à l'intrigue et à la romance, il y a un échange de corps entre un garçon et une fille, c'est traité en cliché peu inspiré. Devenu fille, le mec au réveil se tâte à chaque fois la poitrine et se fait tout le temps surprendre par une petite sœur. C'est pauvre... Il y avait tant de choses intéressantes à faire sur le premier jour du mec en fille. Ben non, ellipse quasi totale... On nous montre deux personnages se familiarisant rapidement avec leurs transformations et on survole complètement le phénomène traumatisant du premier jour avec toutes les situations compliquées plaisantes que cela aurait dû permettre de narrer. Si les deux personnages deviennent amoureux l'un de l'autre, c'est justement l'idéal de nous montrer comment brutalement et nécessairement ils se sont appropriés l'intimité de l'un et de l'autre, non ?
C'est mimi et rien de plus comme film, pas de quoi s'extasier. Je ne me suis pas ennuyé, je veux bien qu'on soit attendri, mais ce n'est pas du génie, ça ! C'est superficiel au possible.

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