"Il faut que "Youth" se passe...

Avis sur Youth

Avatar Fritz Langueur
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Depuis Cannes, on voit surgir sur les affiches de certains «grands » films en compétition, tous aussi différents les uns que les autres, le libellé « Notre Palme ». Il émane de certaines rédactions ou critiques de cinéma, soulignant leur contradiction avec le Palmarès retenu. Opportunisme de distributeurs ? Signe d’une sélection mineure ? Excellence de la pluralité ? Toujours est-il que je viens de voir « la Palme » du Figaro, « Youth ».

Premier constat, il faut que « Youth » se passe, car le film est incroyablement gourd. Compte tenu de son sujet et de son choix très stylisé de mise en scène, cette froideur qui cristallise l’action, induit le malaise et certaines réflexions.

« Youth » est un film assez contemplatif. En nous faisant partager l’intimité de ces deux octogénaires, Fred Ballinger et son ami de 60 ans Mike Boyle, Sorrentino livre une réflexion sur le temps perdu et à retrouver. C’est d’ailleurs cet aspect là qui apparaît comme le plus intéressant dans la construction du cheminement des protagonistes. Cet hôtel de villégiature en Suisse apparaissant presque comme une espèce de purgatoire, où chaque convive se pose à un moment charnière de sa vie. Il en est de même avec les personnages secondaires inspirés de ou vrais people (Madonna, Johnny Depp, Paloma Faith ou encore Sumi Jo la reine du trémolo bling bling). Malheureusement, ce thème n’est pas suffisamment exploité, au profit des problèmes de prostate, manière caricaturale, je le sais, d’expédier le reste du scénario.

Sorrentino est un esthète, sa manière chic et raffinée de mettre en scène son histoire le prouve, les plans sont le plus souvent d’une précision éblouissante, magnifiés par une lumière et une photo aussi limpide qu’eau de source. Mais l’esthète, hic, sombre parfois dans le chichiteux avec ses effets de cadre appuyés ou ses jeux de perspective. La place de la caméra, et le rendu visuel de l’ensemble, semble lui tenir plus à cœur que le reste.

Et c’est là le souci majeur du film, le manque total d’émotion que l’on ressent pour ces deux barbons (Caine et Keitel très sympathiques toutefois) dont l’un dénie le passé et l’autre qui souhaite le revivre à tout prix. Ce qui donne lieu à deux scènes saisissantes où ils retrouvent chacun les femmes de leur vie, pour Fred son épouse (vision d’horreur d’un passé figé) et pour Mike, Brenda (méconnaissable Jane Fonda) son actrice de toujours (sarcasme d’un passé piétiné).

Malgré son côté un peu superficiel, « Youth » reste un assez bon film. Ironie de la programmation, est sorti il y a peu sur les écrans un « petit » film suisse, « La Vanité » qui traite d’un sujet similaire. Plus ancré dans notre réalité Lionel Baier insuffle, simplement par quelques mots mille fois plus de sentiments contrastés que pour « Youth » et surtout traite avec efficacité les abimes d’un tel sujet.

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