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"I'm willing to die, but... not of boredom."

Avis sur Zabriskie Point

Avatar Sergent Pepper
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Il est assez aisé de faire des reproches à Zabriskie Point. Simplicité du propos, dénonciation facile, idéalisme naïf… à ceci près que le film date de 1969. Deux ans après Blow Up, qui a déjà fait sensation dans sa représentation d’un swinging London libertaire, Antonioni va plus loin encore dans l’audace, tant idéologique que représentative. L’assemblée générale qui ouvre le film, et dont la compagne d’un black panther dirige les débats, est programmatique : on parle, beaucoup, on écoute surtout, le regard dans le vague, une lueur de colère dans les yeux, mais du doute la noyant. "I'm willing to die, but... not of boredom.", dit le personnage principal avant de quitter la salle.
S’en suivra sera l’échappée du discours. Fuyant une ville saturée d’affiches, de slogans et d’enseignes, la voiture de Daria et l’avion volé de Mark vont converger dans une superbe scène, sorte de relecture de vieil Hollywood de North by northwest, version East Coast, parade amoureuse entre les airs et la route au sein de la vallée de la mort.
Le trip commence alors, dans un silence fusionnel où l’on dévale les pentes pour fusionner avec la poussière et les corps dans une orgie tellurique d’une beauté plastique imparable.
Temps suspendu, coït cosmique, musique psychédélique. Tout un programme qui fonctionne un temps seulement, justement. Le réel rattrape les amants : l’avion ré-atterrit, la secrétaire retrouve son patron et les discussions des prometteurs sur la division et la colonisation capitaliste de l’espace peuvent reprendre dans une villa hallucinante, victoire de l’homme sur l’aridité de la nature par la création d’un oasis architectural au milieu du désert. Antonioni n’est pas si naïf que cela. La grande part d’idéalisme des protagonistes est celle de l’utopie, le lieu de nulle part admirablement figuré par la Death Valley. Le rêve est voué à l’échec, et ne reste à la demoiselle esseulée que le fantasme adolescent de faire exploser le décor par la pensée, en réponse à l’explosion en plein vol de ses idéaux. Ce final, point d’orgue du film, séquence répétée à l’infini, maitrise du temps unique (comme l’orgie, répétition par les couples alentours de la triste univocité de l’orgasme des protagonistes) en dit long sur l’ambivalence du regard du cinéaste. Ce qui lui échappe idéologiquement, cette impossibilité de changer la société, il l’équilibre par le contrôle plastique et visuel du réel, atomisant sur la musique de Pink Floyd tous les objets du consommateur quotidien, jusqu’aux livres, dans un ralenti baroque et jubilatoire.

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