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Dès les premières minutes de À Bicyclette !, quelque chose cloche. On ressent un malaise, une impression de flottement, comme si le film ne trouvait pas son équilibre. L’histoire semble pourtant claire : deux amis, dont l’un a perdu son fils quelques années plus tôt, entreprennent de reproduire son road-trip à vélo dans une quête semi-cathartique. Mais quelque chose ne fonctionne pas… Cette impression diffuse perdure jusqu’à la fin du film, où l’on découvre enfin le pot aux roses : À Bicyclette ! n’est pas une fiction traditionnelle, mais une docufiction où Mathias Mlekuz, le réalisateur, raconte réellement son propre deuil avec son ami Philippe Rebbot.

Ce “twist” final remet en perspective tout ce que l’on vient de voir, mais au lieu d’éclairer le projet, il soulève de nouvelles questions. Qu’est-ce qui est scénarisé ? Qu’est-ce qui est vrai ? Où commence la mise en scène ? Ce mélange entre spontanéité et écriture, entre vécu et jeu, crée un trouble qui dépasse le simple procédé narratif. Et surtout, il pose un problème de contrat avec le spectateur. En festival, le film est sans doute présenté avec un préambule expliquant la démarche, ce qui change forcément la réception. Et c’est peut-être pour ça qu’il a été récompensé. Mais en l’état, sans cette mise en contexte, on se retrouve face à une œuvre dont on ne comprend pas immédiatement la nature, ce qui laisse un sentiment de tromperie.

Sur la forme, cette ambiguïté se traduit par une inégalité évidente. Certaines scènes sont d’une grande justesse, d’autres paraissent forcées, redondantes ou anecdotiques. La mise en scène oscille entre prises travaillées et séquences plus brutes, ce qui renforce cette impression de flottement sans véritable direction artistique. Le montage, lui, ne parvient pas à donner une véritable fluidité au récit, rendant l’expérience parfois laborieuse. Quelques moments parviennent à toucher une forme de grâce, souvent grâce à Philippe Rebbot. Sa sincérité, son humour et sa manière d’interagir naturellement avec les autres apportent une respiration bienvenue. Mais ces instants sont trop rares pour donner une vraie force à l’ensemble.

Et puis, il y a le problème du point de vue. À Bicyclette ! aurait pu être un film profondément universel sur le deuil. Mais en restant enfermé dans une intimité trop personnelle, sans recul ni mise à distance, il devient une œuvre égo-centrée, où le réalisateur monétise sa tragédie personnelle. Ce n’est sans doute pas intentionnel, mais il manque une ouverture vers le spectateur, une volonté de l’inclure dans cette douleur. Au lieu de cela, on a l’impression d’assister à un échange entre deux amis, qui, s’ils se livrent sincèrement, ne nous laissent finalement qu’en périphérie de leur deuil. On a aussi cette désagréable impression d'un homme qui peut se permettre d'utiliser son influence et son milieu pour faire sa thérapie, ce qui colore de manière très cynique la démarche.

Ce manque de clarté dans la démarche plombe l'intégrité artistique du film et tend vers une forme de malhonnêteté intellectuelle ; en tout cas, c'est ainsi que je l'ai ressenti. Peut-être qu’un vrai documentaire, assumé comme tel, aurait permis d’embrasser pleinement la sincérité du projet. Peut-être qu’une vraie fiction aurait transcendé le vécu en en faisant un récit plus universel. À mi-chemin entre les deux, le film peine à trouver son équilibre et laisse un goût désagréable.

AlicePerron1
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le 15 mars 2025

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Alice Perron

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