Ce premier long métrage d’une réalisatrice suisse se passe en 1943 dans son pays, la Suisse. C’est un contexte qu’il aurait été intéressant de développer pour ne pas se limiter à quelques allusions à la prétendue « neutralité » d’un pays dont on mesure la proximité avec les nazis. Mais ce n’est pas le propos de Marie-Elsa Squaldo qui s’intéresse à l’itinéraire d’une jeune fille pauvre, Emma, employée dans la famille d’un pasteur progressiste - à la différence de la communauté protestante qu’il dirige - qui l’aide à sortir de sa condition de pauvre mais aussi de son statut de femme du milieu du XXème siècle. Ce pasteur est tellement hanté par le sort des Juifs qu’il en devient alcoolique puis fou, incompris de tous sauf d’Emma.

L’histoire continue de manière assez convenue avec un scénario classique qui pourrait se passer n’importe où ailleurs : «séduite et abandonnée» comme on le disait à l’époque, Emma, enceinte, est obligée de renoncer à ses rêves d’émancipation. Pour s’épargner la honte elle convole avec un jeune garçon du village et mène alors la vie de toute femme mariée prolétaire de cette époque: jeune fille au service des riches, femme, elle passe au service de son mari et de sa famille. Ne pouvant plus supporter cette vie elle se réfugie à la ville, chez sa mère, bannie par le village pour avoir quitté son mari et ses enfants pour un autre homme qui l’a quittée depuis. Dans l’usine d’armement où travaille comme sa mère, c’est encore l’exploitation, la misère mais aussi le bonheur d’une liberté durement conquise qu’elle n’est pas prête à abandonner. C’est sa joie et son sourire qui illuminent l’écran dans la scène de fête finale.

Le titre anglais Silent rebellion serait beaucoup plus adapté à ce parcours de femme du XXème siècle dans n’importe quel pays européen. On y voit les inégalités sociales mais aussi les inégalités de genre avec des personnages qui précèdent Emma dans leur volonté d’échapper à leur détermination sociale, le pasteur et la mère d’Emma. On voit beaucoup Emma souvent mutique, silent rebellion comme le dit le titre anglais, en gros plans sensés nous renseigner sur ses pensées, ses colères et ses chagrins mais leur abondance met au jour la grosse ficelle de cette introspection cinématographique.

La réalité quotidienne brossée avec réalisme et précision avec décors, costumes et voitures d’époque ne fait qu’effleurer la réalité historique, celle de la présence de soldats allemands à la frontière proche, des Juifs qu’ils capturent et de l’inaction complice des gardes suisses. On aurait aimé qu’un film sur des parcours individuels en 1943 rencontrent davantage l’Histoire.

BREEVDK
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