À bras ouverts
2017 | 1h 32min | vu en VOD | le 17/08/2017
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Présentation :
À bras ouverts est une comédie belgo-française réalisée par Philippe de Chauveron, sortie en 2017.
Avant-propos :
Cette critique a été écrite en 2017, à chaud, après visionnage du film. Je ne l’ai jamais revu depuis, et il est peu probable que je le revoie un jour. Cette critique correspond donc à l’expérience et au regard que j’en avais à l’époque.
Ce que j'en pense :
J’étais assez enthousiaste à l’idée de voir ce film, car le duo Clavier / Abittan fonctionne relativement bien, et aussi parce qu’il est réalisé par Philippe de Chauveron, le même qui a signé Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu.
Pour ce dernier, il s’agissait d’une comédie géniale qui m’avait beaucoup fait rire et que j’avais trouvée très bien menée, intelligente dans les sujets qu’elle abordait.
En revanche, il n’en sera pas de même pour À bras ouverts.
C’est très moyen, voire pas terrible… voire pire.
Si j’admets la présence de quelques répliques qui fonctionnent et m’ont fait rire, il n’y a aucune inventivité dans le récit. D’entrée de jeu, on sait exactement ce qui va se passer. Le film joue la carte de la caricature avec une grande maladresse, et du coup, rien ne sonne authentique.
Elsa Zylberstein joue très mal dans ce film. Son interprétation manque cruellement de justesse et de nuances, au point de devenir un véritable point faible du récit. Christian Clavier reste fidèle à lui-même, et c’est un peu ce qu’on attend de lui : il joue bien, il n’y a rien à redire. Même constat pour Ary Abittan. Mais le problème, c’est que le récit ne sert absolument pas leur talent.
Et puis j’en viens au sujet lui-même : l’idée d’accueillir des Roms chez soi. Le film se donne un discours se prétendant populaire, à mi-chemin du monde artisanal, ouvrier voire marginal, tout en forgeant l’image d’un couple doté d’un énorme patrimoine, avec une mentalité caricaturale de bourgeois intellectuellement et artistiquement arrogants. Sans parler de leur fils, qui a tout vu, tout connu, et qui rêve d’une vie comme celle des Roms…
Bref, je trouve cette comédie malsaine, voire inappropriée, avec un sujet très mal exploité. On peut rire de tout (ou presque), mais à condition que ce soit fait intelligemment. Ici, c’est idiot, et ça va jusqu’à la caricature grossière, notamment dans la représentation des musiciens du métro parisien.
On a également droit à une guéguerre entre hommes dits intellectuels, politiciens, et bien entendu, le rival de Clavier est écrit et mis en scène à travers des sous-entendus lourds et des clichés discutables, qui posent problème dans leur manière d’être suggérés.
Rien n’est réellement assumé dans ce film. J’ai eu le sentiment que le film reposait sur un vernis faussement bienveillant, donnant l’illusion d’un propos populaire tout en flattant un public qu’il ne respecte pas vraiment.
Le résultat donne l’impression d’une poudre aux yeux destinée à être consommée sans recul.
La question : À qui s'adresse ce film ?
Et pour couronner le tout, on nous colle un Indien anglophone au service de cette famille, histoire d’ajouter encore un préjugé de plus. Et pour enfoncer le clou, le film insiste à nouveau sur des sous-entendus appuyés, jusque dans une scène post-générique, donnant le sentiment d’empiler les clichés sans réel recul.
Ironiquement, c’est probablement le personnage le plus authentique et le plus juste du film, celui auquel on s’identifie le plus. Ce majordome est quasiment le seul à tenir un discours cohérent.
Sincèrement, le film aurait tout gagné à mettre en scène une famille modeste, aux revenus proches du SMIC, dans une maison normale, et à faire évoluer le regard d’un politicien cynique qui aurait fini par trouver une forme de rédemption et soutenir une cause, le tout avec humour et intelligence. Là, au moins, il y aurait eu du sens.
Ici, je ne vois pas comment on peut s’identifier aux personnages tant ils manquent d’authenticité.
Et c’est, à mes yeux, assez représentatif d’une certaine mentalité du cinéma français : on ne montre jamais des gens “normaux”. Soit ils sont friqués et vivent dans des résidences de rêve, soit ils habitent dans les plus beaux quartiers parisiens. Comme s’il n’existait rien au-delà de ce cadre-là. Et ça me fatigue profondément de voir que ce genre de productions médiocres engrange de l’argent.
Conclusion :
À bras ouverts part d’un sujet potentiellement fort mais le traite avec une maladresse consternante. Sous couvert de comédie, le film empile les clichés, les postures morales et les caricatures sans jamais assumer un véritable point de vue. Rien ne sonne juste, rien ne sonne vrai. À force de vouloir faire rire sans déranger, le film finit par ne rien dire et par illustrer, malgré lui, tout ce qui me fatigue dans une certaine comédie française contemporaine.