Courir pour rattraper le temps des institutions : le départ du bus pour une excursion scolaire, le placement en foyer d'une petite fille par des policiers, la menace d'expulsion d'une jeune femme...
On gère les pires merdes possibles. Des gens qui n'ont rien. On peut juste les aider à contrôler leur angoisse, on a même pas de travail à leur offrir. On n'a pas de médicaments, de logement, quoi que ce soit. On est comme une rustine. Dans le cas de ton amie, on peut juste protéger la mineure, et c'est ce qu'on fait. Ne viens pas me dire comment je dois faire mon travail.
Il n'y a pas de méchants. La misère sociale est partout, chez ceux qui régulent, comme chez ceux qui subissent. Chacun fait de son mieux. Chacun court.
S'entraider pour survivre. Mais c'est une course de fond. Sans arrivée, ni départ. Jamais à temps. Et en courant dans un sens, on laisse les autres seuls. Et pourtant, parfois, il suffit d'être là. Au bon moment. Pour tenir peut être un peu plus, dans la précarité d'un séjour temporaire, d'un pays qui ne veut plus les siens.