Cette critique contient des spoils.
A Cure for Life est un film qui dose bien le « fantastique » grâce à des touches subtiles dans sa scénographie. On est tout de suite propulsé dans une ambiance quasiment surréaliste, sans attendre : le décor est directement planté, et on rentre assez vite dans le vif du sujet malgré la longueur du film (qui passe très bien !).
La photographie du film est très belle, on se croirait parfois presque dans un tableau/collage, et le côté liminal space fonctionne bien. Les effets d'angoisses sont bien ménagés et le découpage des scènes lui donne un aspect onirique, c'est aussi très bien réfléchi au niveau de l'humain sans pour autant tomber dans une spirale moralisatrice.
Il y a un fil conducteur intéressant sur la souffrance animale qui a tendance à mettre extrêmement mal à l'aise, probablement pour métaphoriser la mort, la maladie et le rythme de vie effréné de l'être humain (en écho à la situation de Lockhart, cadre en entreprise à l'esprit pragmatique, mais qui doit mettre ses émotions de côté pour pouvoir avancer, en particulier les choses qui lui tiennent à cœur comme le fait de rendre visite à sa mère).
On peut voir ça à la présence répétée de tête d'animaux sur les murs, à l'abattage d'un animal que l'on peut percevoir comme injuste, à la fin quand on assiste à ces anguilles déchiquetées en sous-terrain, et surtout quand on voit le sang sur les mains du villageois qui s'occupe de ses animaux. Le film s'axe sur une dichotomie bien/mal assez claire et souhaite mettre en lumière les contradictions et nuances propres à l'être humain, et c'est assez efficace. Qui a véritablement du sang sur les mains ?
Il y a une évolution perceptible du personnage principal tout au long du film, qui ne « change » pas à proprement parler, mais qui doit se dévoiler au moins un petit peu, et surtout, aux bons moments et aux bonnes personnes pour pouvoir survivre dans cet univers hostile.
La symbolique est un des points forts de ce film selon moi, puisqu'elle est simple à appréhender, quoique trop prévisible par moments (peut-être même perçue comme grossière par certains) – les anguilles représentent de manière assez évidente le traumatisme, voir même le traumatisme intergénérationnel. Toutes ces scènes où on voit Hannah, qui a un lien particulier avec ces anguilles, étant elle même une patiente « spéciale » et de longue date, veulent dire qu'elle choisit (in)volontairement de rester en lien avec ses traumatismes, pour la simple et bonne raison que quelque chose d'immense lui a été enlevé.
Elle ne semble pas entrer en résistance avec ce fait, mais plutôt être dans une forme de résilience qu'elle seule est assez forte pour avoir. On peut émettre assez facilement l'hypothèse que les personnes présentes dans cet institut embrassent un masochisme malsain dans lequel elles décident de vivre éternellement. Elles ont alors le choix entre renoncer à un passé douloureux et renoncer à une pseudo guérison.
Et c'est là que le film se révèle le plus intéressant, car on peut interpréter dans beaucoup de ses facettes quelque chose de certes, psychologique, mais qui peut aussi avoir attrait à certains courants philosophiques. On retrouve aussi une sorte d'allégorie de la caverne de Platon habilement remaniée. Dans certaines scènes et notamment vers la fin, on pourrait presque penser à des références bibliques et à une critique de fond de la bourgeoisie.
J'ai aussi eu l'impression qu'il était adapté d'un livre : il est en effet inspiré de "La Montagne Magique" de Thomas Mann.
Maintenant, le film a évidemment ses défauts ; la fin paraît un peu lunaire et il manque d'éléments de réponses. Si les aspects philosophiques de ce film lui conféraient une bonne dimension réflective, ils ne semblent pas être allés jusqu'au bout ni avoir été suffisamment poussés (il manque malheureusement la conclusion concernant ce côté « résilience » et choix à double tranchant).
La fin ouverte laisse place à l'imagination et donne une conclusion concernant l'axe souffrance animale/homme-machine, mais la répétition concernant cette histoire du baron se déroulant il y a deux siècles est un peu superflue, car jamais réellement développée. J'aurais aussi aimé qu'il y ait plus de développement concernant la différence entre ceux du château et les villageois, qu'on voit brièvement se rebeller au début (mais l'idée qu'ils ont une dent contre les habitants du château n'est que vaguement effleurée). Ca reste un film d'abstraction qui par conséquent laisse certains éléments de réponses flous.