[Mouchoir #30]



« Eh bien, moi, dans cette molle et languissante époque de paix,
Je n’ai d’autre plaisir pour passer les heures
Que d’épier mon ombre au soleil
Et de décrire ma propre difformité.
Aussi, puisque je ne puis être l’amant
Qui charmera ces temps beaux parleurs,
Je suis déterminé à être un scélérat
Et à être le trouble-fête de ces jours frivoles. »



Si cette tirade est tirée de Richard III, elle sied comme un gant au personnage de Caleb dressé ici par Kazan. La guerre leur permet de se réaliser, de charmer les dames, et d'accomplir leurs desseins impurs. Car l'un comme l'autre tire son pouvoir de l'amour qui lui a toujours manqué, quelle que soit sa nature, quelle qu'en soit le prix.


Ainsi, même si la mise en scène perd momentanément de sa prestance lorsque la guerre fait irruption dans le film, c'est le moment où d'un côté l'ombre de Caleb prend toutes les formes et contamine le reste de la pellicule, et, d'un autre, sa difformité s'accomplit dans un sens aigu du cadre, dans cette maîtrise du CinemaScope à ses débuts, notamment à travers ces angles obliques, boiteux, bossus. Expressions d'êtres sombres de nature, telles des bêtes mal-aimées.


[02/12/18]

Créée

le 22 avr. 2022

Critique lue 29 fois

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