À l'ouest, rien de nouveau...
Non, le mauvais cinéma de grande consommation n'est malheureusement pas né avec l'apparition des blockbusters. À l'Ouest Des Montagnes prouve que dès les débuts du cinéma parlant, des producteurs peu scrupuleux attrapaient des quidams en pleine rue pour leur faire signer un contrat et les propulser réalisateurs de westerns. C'est l'impression que donne ce film qu' Ed Wood aurait pu revendiquer comme une de ses créations, l'échec est flagrant qu'il s'agisse du son, de l'image, du scénario ou des acteurs.
Si la trame du scénario pouvait être crédible et digne d'un minimum d'intérêt, c'était sans compter sur des rebondissements basés seulement sur des coïncidences qui à force d'être le seul ressort dramatique en sont de moins en moins crédibles, si elles l'ont jamais été. Cela traduit un manque d'imagination absolu de Bradbury et Drake et surtout une incapacité à s'enthousiasmer pour l'histoire qu'ils ont écrite. Cerise sur le gâteau, le deus ex machina final, digne de celui Kevin Reynolds dans son Robin Des Bois, c'est exactement le même et il est amené avec la même finesse...
Les acteurs n'ont même pas la conscience professionnelle de tenter de sauver le film, peut-être parce-qu'ils ne le sont pas, professionnels. Lloyd Whitlock à le charisme de mon chat en train de dormir et campe un méchant de service totalement absent qui ne fait peur à personne, ceux qui jouent ses hommes de main ont eux été momifiés et semble figés par la terreur que leur inspire le fait de se retrouver face caméra, ils en arrivent à s'adresser à un acteur sans le regarder. Le seul qui se défonce c'est bien sûr John Wayne, beau comme un camion il l'a lui, le charisme. Tout de noir vêtu, fringuant comme un Eastwood des grands jours, il fait preuve d'un talent qui efface tous les autres acteurs. À le voir jouer ici, on se dit qu'il aurait mérité de connaître l'époque des débuts du western spaghetti, il avait la prestance nécessaire, le faciès adéquat et le jeu qui convenait.
On se demande quand même ce qu'il est venu faire dans un film aussi atroce, monté par un épileptique armé d'un marteau-piqueur. C'est sidérant, le cinéma était jeune en 1934 mais ça n'excuse pas tout, ne pas voir que le montage de ce film a été fait par un aveugle est incompréhensible. Les scènes sont coupées n'importe comment, au pif, parfois en plein milieu de l'action. On sent par moments que Robert N. Bradbury essaie de jouer au grand réalisateur par des mouvements de caméra nauséeux, mais il est mauvais, définitivement mauvais. Les erreurs de raccord sont aussi nombreuses que les bigoudis dans les cheveux d'une prostitué, les fautes de positionnement des acteurs sont tellement énormes qu'on en vient à se dire que ce film est mauvais exprès !
Alors pourquoi le voir ? Pour John Wayne tout beau, tout neuf, peut-être aussi parce-que ce film sent la pièce de musée, de celles qui ne sortent jamais de la réserve...