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le 29 janv. 2024
L'identité est une affaire de mœurs qui préoccupe de plus en plus les sociétés occidentales et il en va de même sur le territoire nippon, qui connaît une escalade, discrète mais avérée, d'immigration. A Man détourne les codes du thriller afin de pleinement se plonger dans une enquête, où les protagonistes ne cessent de traîner leur double dans un miroir. Si ce concept suffit amplement à vous intriguer, la suite du programme promet une lente et douloureuse introspection sur ces reflets, fatalement omniprésents au quotidien.
Déjà aperçu dans un arc d'Anticipation Japon en 2018, Kei Ishikawa revient avec une vision plus proche de notre actualité afin de mettre en lumière une tendance peu commune : la permutation d’identité. Une enquête est donc ouverte suite à la tragique disparition Daisuke (Masataka Kubota). Pourtant, son fantôme hante chaque étape d’une enquête qui remonte jusqu’à la face cachée d’une pratique qui remet en cause la notion d’identité. Qui est-on vraiment ? Qu’est-ce qui nous définit réellement dans ce monde dominé par les regrets et la mélancolie ?
C'est par le regard de Rie (Sakura Andô) que le récit s’ouvre et nous invite dans un deuil qu'elle tente de surmonter (un rôle plus élaboré que son personnage dans Godzilla Minus One). Elle élève seule un fils qui est en âge d’apprendre à distinguee les liens du sang et les liens spirituels entre ses proches. Blue Bayou nous l’a d’ailleurs appris avec beaucoup d’émotion. La parentalité est au cœur de ce chassé-croisé et c’est ce que va découvrir Akira Kido (Satoshi Tsumabuki), un avocat missionné pour rétablir la vérité sur un époux qui n’est pas celui qu’on croit. Ce dernier nous emmène à travers les eaux thermales, les bars de nuit, des expositions de dessins et dans d’autres lieux qui n’ont finalement rien en commun, si ce n’est le passage de Daisuke, surnommé « Monsieur X » le temps du profilage.
« Montre-moi ton intérieur, je te dirai qui tu es. »
A fur et à mesure que l’on dénoue une pelote d’interrogations, d’autres viennent s’y greffer, non pas avec l’intention de brouiller les pistes, mais pour tracer des déviations utilitaires. C’est le portrait de la société japonaise qui prend forme, où l’on finit par reconnaître qu’explorer la psyché ou le passé des individus est une tâche ardue. Les conventions sociales sont faites de micro-répressions, du fait de nos origines ethniques, nos noms, notre arbre généalogique. Et c’est justement cet arbre à laquelle Daisuke tente de s’émanciper. La symbolique de son travail de sylviculteur en témoigne. Son objectif est de prolonger la vie des arbres de 50 ans, en les coupant à même la souche, tout proche de leurs racines… C’est à croire que tout le monde hérite tôt ou tard du titre de "Monsieur X", un avatar que l'on fantasme ou qui sert de tremplin pour se réinventer.
Peut-on et doit-on nécessairement renaître de ses cendres ? Pourquoi consentir à un dédoublement de personnalité ? Toute cette matière nous est servie avec grâce, lorsqu’Ishikawa choisit de composer son cadre avec des personnages en cage et dont les barreaux sont tantôt visibles, tantôt invisibles. L’avocat Kido a beau avoir de la répartie ou un certain confort dans son foyer, ce film est à l’image de ce personnage, bloqué dans une obsession superficielle, nargué par son propre reflet qui lui tourne le dos. Si lui ne le sait pas encore, A Man fait des spectateurs les témoins d’une grande tragédie et n’hésite pas non plus à nous tendre un miroir dans son ultime séquence. Un geste d’une splendeur infinie et qui est porteur d’une intense réflexion sur soi.
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le 22 févr. 2024
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