On a beau savoir dès le début qu'il s'agit d'une fiction, on sent bien que ce film s’inspire du fait divers sordide que fut la détention de Natacha Kampuch par un de ses compatriotes autrichiens. Une situation pas inédite, ni dans la réalité ni au cinéma qui s'en inspire régulièrement, voir le récent et captivant Room.
Dans chaque cas, le nœud du problème se situe dans la relation qui se noue inévitablement entre le ravisseur et sa détenue. Il s'agit d'un rapport de force, puisque la jeune fille est retenue contre son gré. Mais cela va beaucoup plus loin, car pour la jeune fille, son ravisseur est donc son seul lien avec l’humanité. Elle en devient dépendante. On navigue donc entre amour et haine, illustration du syndrome de Stockholm. Par moment la jeune fille s’inquiète parce que son ravisseur avait oublié de la prévenir que certains soirs il rentrerait plus tard que d’habitude...
Le réalisateur étudie dans ce film les rapports de force entre les personnages. Quelle est la motivation du ravisseur ? Juste avoir cette jeune fille à sa disposition. Quelle satisfaction y trouve-t-il ? Je pense que c'est dans un tête-à-tête que la vie lui a refusé dans des conditions normales. Le comprenant, la jeune Gaëlle fait un choix dans son attitude. Sachant que Vincent éprouve un besoin de vie commune, elle pourrait tout refuser venant de sa part. Mais elle courrait le risque de rendre son ravisseur furieux. Et ce serait inhumain pour elle, car elle a également besoin d’un contact avec autrui, et le seul qui soit à sa disposition, c'est Vincent. Gaelle et Vincent se voient donc contraints de faire des compromis, comme dans une situation amoureuse, sauf qu’il n’est pas question d’amour entre eux et surtout pas de sexe. Oh surprise, on réalise que Gaëlle a un certain pouvoir sur Vincent qu’elle exerce en se montrant autoritaire, capricieuse et même rebelle.
Mais pour Frédéric Videau les rapports entre Gaelle et Vincent ne sont pas ce qu'il y a de plus intéressant, puisqu’il n’hésite pas à commencer son film avec le moment où Gaëlle recouvre sa liberté d’une manière qui donne beaucoup à réfléchir. La liberté est évidemment ce qui motive Gaëlle. Mais, une fois dehors, elle doit réapprendre à vivre normalement... épreuve inattendue. Elle se retrouve face aux médecins, face aux psychiatres et face à sa famille. Après des années à l’écart de quasiment tout, elle doit se réhabituer aux comportements considérés comme normaux. En fait c’set comme si Gaëlle sortait de prison, voir comme si elle ressussitait. Elle avait ses repères et même si elle détestait viscéralement sa situation de recluse, soudain libre elle est déboussolée. Situation d’autant plus étrange qu’elle n’a strictement rien à se reprocher et que ce sont les autres qui sont complètement déboussolés vis-à-vis d’elle. Quelle attitude adopter face à quelqu’un qu’on considérait comme mort et qui de plus, réapparait complètement transformé ? Et oui, Gaëlle était encore une fillette lors de son enlèvement alors qu’elle est devenue une jeune femme quand elle retrouve la liberté.
En filmant discrètement, le réalisateur parvient à montrer l’étrangeté de la situation. La liberté n’est pas le vrai problème, puisqu’on sait que Gaëlle la retrouve à un moment. Malheureusement, la durée de son enfermement est telle, que Gaëlle et son entourage ne pourront plus vivre que par rapport à cet événement. Pour Gaëlle, les sensations l’ont marquée à tout jamais. Pour son entourage, cette durée est synonyme de vie ayant passée. Le temps a apporté des changements, alors que dans les esprits, Gaëlle devrait revenir telle qu’elle était.
Agathe Bonitzer est impeccable en interprète de Gaelle. Reda Kateb surprend dans son personnage de Vincent. Un film que je conseille à tous ceux qui ont aimé Room.

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le 27 avr. 2016

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