Certes, il faut aimer le mélodrame bien de chez nous, mais aussi admettre qu’avec « A nos amours », nous sommes résolument dans le haut du panier. Tant dans l’interprétation des acteurs qui est aux petits oignons, que dans les thématiques abordés. Pialat déroule magistralement son propos en dépeignant – petit à petit - une fresque des rapports humains, à travers la crise existentielle de Suzanne, jeune adolescente issue de la bourgeoise parisienne ultra-nucléaire (ça a son importance), son rapport à l’amour, à sa famille et à la vie. À la fin du film, le tableau est brossé, tout est là, tout est compris.
Au début, on ne comprend pas bien le personnage de Suzanne, elle paraît assez antipathique et méprisante, j’ai personnellement eu un mal fou à m’y attacher tant son comportement est rebutant, par sa déloyauté, sa liberté égoïste, qui ne correspond aucunement à un caractère de normalité sociale (son mode de vie volage), ce qui est confirmé à l’intérieur même de son cercle d’amis qui la juge comme une fille facile. Elle ne se souci que peu des autres, est peu à l’aise avec le sentiment d’amour…
En réalité, le film prend tout son sens quand elle rentre dans le grand appartement parisien chez ses parents. On découvre un environnement social très bourgeois, extrêmement clos sur lui-même, une famille bien nucléaire. Pialat évoque évidemment son propre milieu, même inconsciemment, peut-être sans s’en rendre compte. Le comportement de Suzanne est profondément lié à sa famille, le frère explique lui-même le désarroi de sa mère face à une fille volage, immariable… En fait, Suzanne se sent absente de tout parce qu’étouffer par le cloisonnement de son milieu, donc éloigné de la société réelle. Pour moi, on referait le même film aujourd’hui – étant convaincu que ce genre de fratrie bourgeoise est toujours autant nucléaire – Suzanne ne serait pas volage, mais certainement une militante de Greenpeace, une Adèle Haenel. (En fait, je bien compris pourquoi je la trouvais antipathique au début lol)
Évidemment bien conscient que tout cela tient de l’interprétation… Au-delà de ce que j’y ai vu, les dialogues sont fabuleux, le meilleur étant celui de la fille avec son père, finalement le seul lien qui n’est pas conflictuel, le rapport humain central du film malgré la disparition provisoire du père. Le père et fille semblent souffrir du même sentiment d’enfermement. Pialat nous fait passer les sentiments avec brio, nous étonne par les cris, les sourires exquis de Sandrine Bonnaire, des moments de gêne (la scène du repas)…
« A nos amours » se révèle être un grand millésime du mélodrame. À savoir apprécier en acceptant le fait qu’il s’agit d’une étude de cas de famille mondaine. Mais, au moins, on ne peut pas reprocher à Pialat (ou Rohmer) de parler d’univers qu’il ne maîtrise pas...
EDIT: C'est vraiment n'importe cette critique quand je relis... L'explication de son angle étrange est que, pendant le visionnage, en constatant les fabuleux dialogues, la qualité du jeu d'acteur, je me posais la question de savoir pourquoi beaucoup de gens en France éructait contre le cinéma français. J'ai naturellement compris que c'est précisément son côté bourgeois, très centre-ville. Mais, en vrai, j'ai théorisé dans le vide sans trop parler du film.