Semaine ultra-galère pour Julie. Une grosse grève des transports frappe cette mère célibataire qui travaille comme femme de chambre dans un palace parisien, et qui habite très loin de son emploi. Ce dernier se veut exigeant, et ne laisse évidemment aucune possibilité de faire du télétravail. Pressions du palace, retards causés par les grèves, soucis financiers, problèmes de garde, avec en prime un entretien d'embauche ultra-stressant... C'est infernal !
On a reproché au film d'être un peu excessif sur les galères rencontrées, qui vont par moment assez loin. Alors oui, on imagine mal un employeur caler un entretien d'embauche en pleines grèves des Enfers (ou tout au moins on imagine qu'il aurait pu aisément le décaler). Oui, l'accumulation de certains problèmes semble relever de la pire malchance... mais pas vraiment en réalité.
Pour avoir vécu des semaines odieuses où jongler entre ma famille et ma vie professionnelle me plongeait dans un tunnel sans lumière au bout, ce sont des moments où l'on ne peut pas gérer grand chose dans son domicile. Du genre prendre le temps de faire réparer son chauffe-eau ou sa voiture... d'où les soucis logistiques qui s'accumulent. Si le film ne l'explique pas, il le suggère néanmoins.
Toujours est-il que "A plein temps" est un drame aux allures de thriller diablement efficace. Le montage serré, la mise en scène qui sait mettre la pression (jeux sur les sons et les gros plans notamment), et la musique électro qui fait monter la sauce : Eric Gravel mène sa barque vite et fort !
Le réalisateur doit aussi évidemment beaucoup à son actrice principale, car "A plein temps" est le genre de long-métrage où la protagoniste est présente dans chaque scène. Là-dessus, chapeau à Laure Calamy, excellente dans le rôle de cette mère célibataire broyée par son quotidien inexpugnable, son travail, et les transports. L'actrice a aujourd'hui souvent tendance à jouer les ahuries ou les gentillettes dépassées, il est rafraîchissant de la voir en femme très capable mais étouffée par la vie.
J'ai eu la boule au ventre à plusieurs reprises durant le visionnage (je n'ose imaginer si je l'avais vu en salles !), signe que le suspense et l'immersion ont très bien fonctionné sur moi.
Je note enfin que le film pointe du doigt une réalité économique qui contraint des travailleurs à résider à des dizaines (centaines ?) de kilomètre de leur domicile... et met un joli taquet aux compagnie de transports publiques qui s'émeuvent peu de l'impact des grèves pour leurs clients. Le film restera d'ailleurs amer jusqu'au bout.
Le happy end n'en étant pas vraiment un. Oui, Julie a dégoté le travail qu'elle visait... mais il s'agit toujours d'un emploi exigeant en plein Paris avec des transports pénibles... et elle n'a aucun mode de garde sous la main !