Le clip de À quoi je sers... est sans doute l’un des plus poétiques, mélancoliques et symboliques de toute la carrière de Mylène Farmer. Contrairement aux grands récits spectaculaires de ses précédents clips, celui-ci adopte une mise en scène beaucoup plus calme et contemplative, presque funéraire, comme une traversée vers un autre monde. Dès les premières images, cette rive noyée dans le brouillard crée une atmosphère irréelle et silencieuse. Mylène Farmer apparaît seule avec une valise à la main, figure de solitude et de fatigue existentielle, attendant ce mystérieux passeur vêtu de noir qui surgit lentement à travers la brume sur sa barque. La référence au passeur des morts de la mythologie est évidente, transformant immédiatement le voyage en métaphore du passage vers l’au-delà ou vers une forme de bilan intérieur. Le silence presque total entre les deux personnages renforce encore cette sensation de tristesse profonde et d’acceptation silencieuse. Toute la traversée possède une beauté visuelle incroyable, avec cette photographie froide, les eaux sombres et le brouillard omniprésent qui donnent au clip une dimension presque fantomatique. Mais ce qui rend le clip véritablement exceptionnel, c’est l’apparition progressive des personnages issus des précédents clips de Mylène Farmer. Voir surgir des eaux la Rivale de Libertine, Rasoukine de Tristana, le marionnettiste de Sans contrefaçon, le capitaine anglais de Pourvu qu'elles soient douces et le torero de Sans logique donne au clip une dimension presque méta et profondément émotive. Tous ces personnages morts ou tragiques semblent revenir chercher celle qui les a créés ou accompagnés. Lorsque Mylène descend de la barque pour les rejoindre et s’enfonce lentement dans l’eau avec eux, le clip prend une portée symbolique immense, comme un adieu à toute une époque artistique et à tous les fantômes de ses récits passés. La dernière image, montrant le passeur revenir seul avec uniquement la valise abandonnée dans la barque, est d’une tristesse magnifique. En résumé, À quoi je sers... est un clip profondément mélancolique et poétique, une œuvre presque funéraire qui agit comme un adieu symbolique aux personnages, aux histoires et aux obsessions qui ont construit l’univers de Mylène Farmer dans les années 80.