Niveau putasserie de scénario, on tient un joli record avec "A Second Chance", qui tente en prime de nous servir un petit discours moral sur les comportements plus que borderline d'un inspecteur de police danoise — accessoirement jeune papa. Un film tellement complaisant vis-à-vis de différentes formes de misères qu'il met en scène... Ça commence par une virée de flics débarquant chez un couple de gros camés, avec portrait d'héroïnomanes empilant les caricatures avec la finesse d'un semi-remorque, et cerise sur le gâteau, découverte d'un bébé dissimulé dans un placard, tartiné de merde de la tête aux pieds — au cas où on n'aurait pas compris tout de suite que le traitement que lui réservait ses parents était indigne. Puis on nous pose l'ambiance opposée, au foyer du flic, avec une maison luxueuse baignée dans la lumière d'un soleil couchant, femme aimante au foyer, bébé modèle, tous les accessoires simili Ikea qu'il faut, etc.
Et à partir de ce canevas déjà pas particulièrement porté sur la finesse, c'est le dérapage complet. On nous demande d'avaler grossièreté sur grossièreté : le père découvre que son bébé est mort dans la nuit, sans trop chercher à comprendre auprès de sa femme ; il lui donne des calmants pour qu'elle pionce ; et puis ni une ni deux il file remplacer son cadavre de fils par le bébé des toxicos, ni vu ni connu, en véritable artiste fécal — il essaie de recréer les conditions d'hygiène sur le corps échangé afin de rendre la substitution moins visible. À ce moment-là franchement on a envie d'arrêter le film tellement c'est stupide et glauque.
Mais Susanne Bier ne s'arrête même pas là, dans une logique du crescendo du pire, histoire de bien traîner dans la fange l'image du policier prometteur des débuts. On enchaîne surprise consternante sur surprise consternante, ave la volonté de questionner les frontières de l'éthique mais sans jamais parvenir à formuler quelque chose de pertinent ou de sensé. Le film aurait presque pu envisager une voie intéressante car légèrement amorale, sur un thème malthusianiste : mais finalement, mis à part quelques passages suscitant un malaise brutal, on nage en plein pathos, avec de gros revirements lourdingues et double dose de misérabilisme.