Le film A second life raconte l’histoire d’Élisabeth, une jeune femme devenue sourde il y a cinq ans. Épuisée par son travail dans la gestion de locations de courte durée, perdue au milieu de l’agitation de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris et en pleine dépression, elle cherche sa place dans un monde qu’elle ne comprend plus et qu’elle perçoit comme artificiel et absurde.
L’idée de départ est très intéressante. Le film parle du handicap invisible, et plus particulièrement de la surdité. Il montre le sentiment d’isolement que peuvent ressentir certaines personnes sourdes ou malentendantes. Beaucoup essaient de cacher leurs difficultés, font semblant d’avoir compris les conversations ou de ne pas être fatiguées. C’est un sujet important qui mérite d’être mieux connu.
Malheureusement, j’ai le sentiment que le réalisateur ne va pas assez loin sur cette question. Le film s’intéresse davantage à la dépression d’Élisabeth qu’à sa surdité et à la façon dont celle-ci transforme son quotidien. Le deuil de la perte de l’audition et les difficultés liées au handicap sont peu développés. Le spectateur peut alors croire que le mal-être d’Élisabeth est dû à sa surdité, alors que le film semble plutôt parler de son mal de vivre et de son sentiment d’être en décalage avec le monde.
En voulant parler à la fois de la dépression, de la perte de l’audition et du sens de la vie, le film finit par manquer de clarté. La tentative de suicide d’Élisabeth renforce cette confusion et peut laisser penser, à tort, que la surdité conduit forcément à un profond mal-être.
En revanche, j’ai beaucoup apprécié le personnage d’Elijah, interprété par Alex Lawther. Vivant, bienveillant et plein d’énergie, il apporte de la lumière au film. Il est, à mes yeux, une sorte d’ange gardien pour Élisabeth. Il l’aide à regarder le monde autrement et à profiter du moment présent. Son caractère joyeux contraste avec celui d’Élisabeth, plus fermée, froide et pessimiste. Cette opposition fonctionne très bien, jusque dans les couleurs de leurs vêtements. Leurs échanges sont souvent justes et touchants. Leur duo est sans doute la plus belle réussite du film.
J’ai toutefois trouvé la première partie assez monotone. Les plans se répètent souvent et restent longtemps centrés sur le visage fermé d’Élisabeth, toujours pressée et débordée.
Enfin, certains détails m’ont semblé peu crédibles. Par exemple, Élisabeth paraît lire sur les lèvres d’un personnage américain parlant anglais. Pour une personne sourde qui communique en français, cette scène ne me semble pas réaliste.
A second life aborde donc un sujet rarement traité au cinéma, celui du handicap invisible. C’est une vraie qualité. Mais, selon moi, le film ne développe pas suffisamment cette question. En mélangeant plusieurs thèmes sans les approfondir, il rend son message sur la surdité moins clair. C’est bien dommage, car le film avait le potentiel de proposer une réflexion forte sur la réalité du handicap invisible.