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Sévit actuellement une mode de la critique française à glorifier tout film qui ferait œuvre de naturalisme et qui évacuerait toute psychologisation et toute narration conventionnelle. Ce que Robbe-Grillet opérait en littérature (on décrit phénoménologiquement un environnement et ses évènements, et on évite de plaquer dessus tout mot qui en permettrait une interprétation psychologique, morale, éthique, bref de tout ce qui s’apparenterait peu ou prou à une analyse), serait aujourd’hui la panacée de l’art cinématographique. D’où l’adoration presque quasi mystique d’une certaine critique téléramesque et cahierducinéphilique pour les films de Christophe Honoré et consorts (le « must » en la matière étant les dithyrambes autour d’Alain Guiraudie pour son « Inconnu du lac »). A ce cinéma de l’anti-émotion, raconter une histoire qui présenterait l’itinéraire progressif d’un personnage vers son destin en émaillant ce trajet de séquences qui feraient des renvois à des éclairages un tant soit peu freudiens serait la dernière des vulgarités.
Il me semble que Touch of Sin appartient à cette veine là et en ceci aurait une teneur fortement « occidentale ». Déjà le principe du film à sketchs pose le problème en soi de sa reliure et de la continuité dramatique, mais lorsqu’il s’évertue à avancer dans les traces d’une vision documentaire, il s’épuise (et nous avec) dans son incapacité à donner de l’étoffe aux histoires qu’il raconte.
Voilà quatre faits divers illustrés où l’auteur s’essaye à une « History of violence » mais sans y mettre la densité dramatique du film précité. Alors on peut y voir prétexte à l’illustration géo-politique de l’état du monde chinois( avec ses prévaricateurs, ses mafieux, sa corruption, le pouvoir de l’argent, etc), mais les agissements des personnages semblent n’avoir aucun autre fondement que celui de s’agiter dans un décor dont l’auteur voudrait qu’il soit la motivation principale de leurs agissements. Comme le disait Godard, « le cinéma c’est d’abord une histoire avant d’être l’Histoire ».
Or, qu’y voit-on ? Un rustre bas de plafond qui pète les plombs en dézinguant tout ceux qu’il croit être la raison de ses maux, un porte-flingue pour qui tuer les gens est une profession de foi, une maîtresse délaissée qui nous refait le coup du « Secret des poignards volants », un adolescent sans fortune qui apprend aux dépends de sa vie qu’il ne sait pas voler. Tout ceci ne fait pas une critique sociale, même si de longs plans appuyés sur des paysages montrant des univers concentrationnaires ou des usines trash dans les campagnes chinoises voudraient nous forcer une explication sous-jacente de la folie des personnages.
Un bon reportage sur Arte et une lecture de Géo feront probablement plus pour la compréhension des paradoxes du développement chinois que ce pensum pseudo-esthétisant qui n’a même pas le mérite de nous raconter une histoire passionnante.
Quelle réflexion critique le metteur en scène pose-t-il sur la condition chinoise ? Qu’il y a des riches et des pauvres, des exploiteurs et des exploités, des oppresseurs et des opprimés, des sexes qui s’opposent radicalement dans leur nature pour l’un à être faible (devinez lequel) et pour l’autre à vouloir affirmer sa supériorité toute factice. La belle affaire, mais un cliché, à tout prendre, qu’est-ce, sinon le convenu de toutes ces oppositions ?
Et que propose le metteur en scène comme solution à toute l’ignominie du monde, qui, pour toute chinoise qu’elle prétend être, n’en est pas moins universelle? La loi de Lynch (façon Michael Douglas dans « Chute libre »), le meurtre gratuit ou le suicide : pas de quoi pavoiser.
Bon, je pourrais encore développer d’autres aspects (le bestiaire animalier un peu simplet, façon Nymphomaniac, j’vous explique que l’homme est un serpent, ou un tigre et j’vous l’montre…) mais je m’arrête là (because ma moitié m’appelle pour éplucher les patates, eh oui, chez nous en Occident l’oppression existe aussi).
Créée
le 9 juil. 2019
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