A Vif est un film précieux. Précieux car il prend à rebrousse poil toutes les promesses du style cinématographique qu'il incarne (le Vigilante) pour le tordre vers ses propres obsessions, ses impératifs émotionnels, ses logiques artistiques. Le Vigilante au féminin, c'est le Rape and Revenge. Ce sont toujours des films sauvages, instinctifs, du retour à l'instinct primaire, où la catharsis et la glorification des instincts ont sans cesse rivalisé de viscéralité, de violence, de surenchère. Day of the Woman, the Woman, l'Ange de la vengeance, Thelma et Louise d'une certaine façon. Alors, avoir eu A Vif dans ce parcours cinéphile, ça tient du miracle.
A Vif est une approche strictement émotionnelle du sujet de l'agression, de la reconstruction et de la vengeance. C'est une dissertation extrêmement sensible et personnelle qui refuse bon nombre de lieux communs du film de Vigilante pour mieux en souligner toutes les subtilités. Les multiples conséquences du statut de victime (non seulement sur sa santé, mais aussi son travail, ses proches, et même ici sa démarche artistique), le constat sur la dégradation de son quotidien, la découverte du soucis de sa propre sécurité, sa propre relation à la violence, et même sa cohérence d'être humain. Le film parvient à embrasser tous ces thèmes fondamentaux et à leur donner une résonance à nulle autre pareille. Rarement un film Vigilante aura été aussi personnel, aussi individuel, aussi sensible à nombre de subtilités, sans jamais y introduire une seule faute de goût. A Vif, aka The Brave One, est un film raffiné, parfaitement écrit et digéré, qui est toujours clair dans ses intentions, pertinent dans sa mise en scène, brillant dans le développement de ses personnages.
Cette pertinence et sa clarté rendent également le film prévisible sur certains points de son intrigue. C'est indéniable. C'est le prix de sa sensibilité, le film donne tous les codes pour prédire l'évolution de ses personnages et donc de son intrigue, sans avoir ménagé de coup de théâtre ou de rebondissement, qui certes aurait réveillé l'amateur de thriller, mais qui n'aurait rien ajouté d'autre que du bruit. A Vif est complet, A Vif traite son sujet, et le fait avec une finesse très rare pour un thème aussi lourd que l'enjeu sécuritaire. Dans ce monde de bourrin, c'est un escrimeur de compétition. Très peu arrivent à faire aussi bien sur le terrain de l'émotion (autant dire que les mastodontes comme Death Sentence ou Harry Brown font figure de porno d'ultra violence en comparaison, tentant de rajouter de l'intensité à leur intrigue avec un surcroît de violence). Mais cela implique donc qu'A Vif se rapproche du côté dramatique plutôt que du thriller. Ce qui explique sa réception tiède malgré toutes les précautions qu'il a prise (couple inter-racial, criminels de différentes origines, flics de divers races, vous comprenez où le film veut en venir ?). Le film se veut être une approche réflexive et artistique sur le genre, en utilisant certains de ses codes pour aller sur un terrain inhabituellement sensible, et pour au final tenir un message sincère que pas mal de critiques ont reproché au film. Et oui, même noir, un flic est par essence un nazi (l'uniforme, ou plutôt, la haine de l'uniforme de certains...).