Sujet difficile à traiter pour Catherine Breillat, j'imagine, puisqu'il est autobiographique et traite de l'abus de faiblesse dont elle a été victime, suite à son AVC, par l'escroc notoire Christophe Rocancourt qui lui a piqué plus de 650.000 euros. Le film n'est pas sans défauts, statisme, manque de motivation et explications psychologiques, refus de dramatisation, mais je pense que ses défauts sont aussi, paradoxalement, ses qualités, Breillat refusant tout effet de surenchère. La principale qualité du film, c'est son actrice, Isabelle Huppert, géniale comme je ne l'avais pas vue depuis longtemps. Je trouve qu'Huppert, évidemment une immense comédienne, a un peu arrêté de jouer depuis une bonne quinzaine d'années et se contente d'être Isabelle Huppert à l'écran, comme si cela suffisait, mais là non, elle parvient à jouer une femme ayant subi un AVC avec tellement de vérité, de réalisme, qu'elle en est bouleversante et porte le film à elle seule. Un mot sur Kool Shen, membre de NTM, que contrairement à son acolyte on n'avait, je crois tout du moins, jamais vu à l'écran, et qui est vraiment très bien, n'en fait pas trop, est juste. Ce qui déstabilise dans ce film, c'est qu'on se demande comment Breillat a pu se faire avoir de la sorte, car c'est vraiment flagrant que le type est là pour profiter d'elle et de son argent. Et ce qui est beau, mais qui peut être frustrant également, c'est que le film ne répond pas à cette question. Il montre les choses via le regard de Breillat, et cela semble presque naturel de succomber à cet homme, comme si le point de vue était celui non d'une cinéaste qui avait pris le recul nécessaire pour faire le point sur un pan de sa vie, mais au contraire celui d'une femme venant de subir un AVC. Intéressant, en tout cas.