L'idée de départ de Accident est plutôt alléchante. Une équipe de tueurs mettent en scène des assassinats qu'ils maquillent en accident. Le contexte est posé et on rêve de voir à l'écran cette nouvelle forme de violence et d'action. Plus encore, le résumé laisse espérer de très bonnes choses...
Intéressant donc cet Accident sur papier. Ça laisse présager du suspens psychologique à haute teneur paranoïaque. Derrière la caméra, on retrouve le surestimé (ça ne tient qu'à moi) Soi Cheang. Si je peux être réservé quant à la qualité des films de ce dernier, je dois bien avouer qu'il a une patte propre et que la rage qui se dégage de ses films en fait sa singularité de cinéaste. Maintenant je trouve souvent que ses films sont bancals et qu'ils manquent affreusement de consistance. On ne pourra pas lui enlever de sacré moment de cinéma d'une noirceur sans comparaison. Là, où Accident prend une dimension encore plus intéressante, au-delà de l'histoire que le film nous raconte c'est dans l'association du « chien fou » Soi Cheang et son producteur Johnnie To (dont j'apprécie énormément les œuvres). Il avait fort à parier que cette association donne une œuvre de cinéma de qualité. Sauf qu'on en aurait presque oublié la personnalité de Johnnie To, son empreinte au sein de sa boîte de production qu'est la Milkyway. Malheureusement pour Soi Cheang et nous par la même occasion, le résultat de Accident reste un film de Johnnie To en mode mineur.
Accident c'est comme si vous piochiez ici et là dans la filmographie de Johnnie To. Le groupe, des personnages caractéristiques, le handicap (ici la maladie), le conflit psychologique d'un personnage, la femme comme faire-valoir, la pluie et j'en passe. On retrouve une atmosphère qui lui est caractéristique, une mise en scène quasi-similaire comme si Soi Cheang avait travaillé avec le cahier des charges du « style Johnnie To ». Où se trouve donc la singularité de Soi Cheang ? Son univers artistique ? Nulle part. Ou il est loin derrière lui. Son identité de cinéaste a été annihilée au profit d'un ersatz d'une réalisation Toienne. Parce qu'au-delà du copier/coller du « style Johnnie To », Soi Cheang loupe le coche. Il ne parvient jamais à créer des climax forts, mettant en scène un suspens plat. Il ne parvient jamais à nous happer dans ces intrigues et surtout de la paranoïa qui envahi le personnage principal, chose qui aurait pu se montrer grandiose dans les mains d'un autre. Il faut dire aussi qu'il n'est pas aidé par la prestation de Louis Koo Tin Lok, fantomatique.
Accident est un film moyen de l'écurie Milkyway. Avec ce film, c'est un cinéaste de plus qui « meurt ». Un cinéaste de plus que Johnnie To étouffe par ses motivations. Je vous le dis, Johnnie To est un "assassin" et il tue au grand jour toute expression artistique qui n'est pas la sienne...
Les invendus de Made in Asie #44