Dans la culture traditionnelle marocaine, Boughattat est une parasomnie assimilée à une sorte de démon qui vient hanter les dormeurs pour les paralyser et les étouffer. Si la science a clairement démontré que le phénomène n'est nul autre qu'une paralysie du sommeil qui touche environ 25 % de la population mondiale, les Marocains les plus traditionalistes continuent néanmoins d'associer le démon Boughattat à toutes les pathologies et troubles du sommeil.
Lorsque le réalisateur Talal Selhami rédige le scénario d'Achoura aux côtés de David Villemin et de Jawad Lahlou, les trois hommes s'inspirent essentiellement de cette mythologie démoniaque tout en la déstructurant et en la réinventant pour la mixer avec Achoura, une cérémonie religieuse visiblement très importante pour les chiites et les sunnites. Un pari difficile qui pourrait être immensément casse-gueule si le projet avait à manquer de respect envers l'ensemble des mythes qui appartiennent au peuple marocain.
Malins, Selhami et ses deux scénaristes s'en éloignent considérablement et y collent toute une culture occidentale de films horrifiques où l'on reconnaît principalement les influences de Ça, métamorphosant ici Pennywise en Bougatate (dont l'orthographe s'est vu simplifié pour la fiction), une créature terrifiante qui s'attaque aux enfants. Des gamins traumatisés qui sont désormais adultes et se retrouvent pour vaincre une bonne fois pour toutes le cauchemar de leur passé. Car oui, Bougatate est revenu...
Avouons qu'en terme de script, l'on connait la chanson depuis belle lurette.
Avec une photographie ultra léchée comme l'arborait le cinéma horrifique espagnol des années 2000, Achoura mange à tous les râteliers du cinéma d'horreur, agrémenté d'effets spéciaux pas toujours réussis et un casting d'enfants dont aucun ne sait jouer la comédie. Il faut donc être doté d'une forte motivation pour visionner l’œuvre dans son intégralité et finalement se laisser surprendre à y prendre un certain plaisir.
Néanmoins, si les scénaristes s'étaient un peu plus remués les méninges pour prendre à bras-le-corps la traditionnelle légende de Boughattat afin d'exprimer les peurs humaines face aux parasomnies, nous aurions peut-être eu un grand film. En lieu et place, nous faisons face à un énième ersatz du célèbre roman de Stephen King. Tant pis.