Un condensé de violence démagogique, qui avance son illustration frontale d'horreurs en tous genres comme une absolue nécessité, pour des raisons morales supérieures alors que l'opportunisme le plus terre-à-terre émerge puissamment. Intellectuellement lamentable, et moralement méprisable. Je sais bien qu'on a affaire à une émanation du mondo, et que s'indigner d'une utilisation pareille de la violence est un peu idiot, mais on est vraiment à des années-lumière de ce qu'ont pu faire des gens comme Deodato ou des docus comme "Faces of Death" : Gualtiero Jacopetti et Franco Prosperi surfent manifestement sur une vague initiée par "Mondo Cane" — qu'il faudrait que je réévalue, je pense que ma vision des choses a beaucoup changé depuis.


À mes yeux, la composante proprement documentaire est négligeable au regard du reste. Certes, il y a de la matière pour alimenter le témoignage historique par l'image d'événements comme la révolution de Zanzibar ou la révolte Mau Mau au Kenya. Mais cela ne pèse rien à côté de l'apologie sidérante du colonialisme européen, et je me contrefous de savoir quelles étaient les intentions précises des gens derrière ce mondo : c'est du racisme en barre, point. Non mais ne serait-ce que cette introduction : "L'Europe a abandonné son bébé, juste au moment où il en a le plus besoin." Maintenant que les colonialistes ont quitté le continent, qui a repris le flambeau ? Rien de moins que "des brutes et des sauvages modernes !". Ça plante le décor avec force.


"Adieu Afrique" s'engage ainsi sur le sentier du concours des images les plus insoutenables, partagées entre les mises à morts d'animaux et celles d'humains. Vaste programme que la caméra capte avec beaucoup trop de plaisir pour être sincère, le tout encapsulé dans un petit laïus censé nous éclairer sur le continent africain, façon cours d'histoire de PMU qui pose comme une évidence que l'Afrique reviendrait rapidement à une brutalité primitive et à des effusions de sang sans les gentils colons. Je ne parle même pas de la mise en scène mais elle est tout autant à gerber, avec un abus notoire d'effets de style comme le zoom-dézoom.


En fait, on peut résumer 95% du film à des tueries d'animaux (gazelles, éléphants, hippopotames, y'a de tout) et des fosses communes et autres exécutions de masse. Certains parallèles sont scandaleux, l’orgie de gore est gratuite (tout n’est sans doute pas vrai), et la mise en scène de certaines séquences pose sérieusement question.

Morrinson
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le 13 oct. 2022

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