Christian-Jacque est un cinéaste à la carrière aussi quali que quanti, un excellent artisan sachant passer du drame à la comédie et servir les plus grands de son époque (Fernandel, Bourvil, Gérard Philippe, Bourvil...). Les disparus de Saint-Agil, François 1er, L'assassinat du père Noel et/ou Fanfan la tulipe ont enchanté mon enfance et restent 40 ans après sans doute désuets mais tjs visibles, voir (j'ose) poétiques et bien construits.
Ce film vif et bien dialogué reste un excellent document de son époque sur une faune parisiano-nombriliste que l'on qualifierait aujourd'hui de "hors-sol", les gagnants de la mondialisation qui s'ennuient.
Le casting est sans accroc, Gélin sobre (pas en jeune Werther, c'est rare), Darrieux, Feuillère, Martine Carol horripilante à souhait, Antonella Lualdi, Renée Faure et une belle gamme de (vrais) seconds rôles masculins de l'époque de compet'. Claude Dauphin en voix-off sarcastique c'est pas mal aussi. Bref, une belle galerie de l'époque, bien menée.
A noter aussi le petit mais convainquant rôle de Giovanna Galletti (la belle et manipulatrice collabo de Rome ville ouverte) en patronne d'agence de pub, lesbienne et amatrice de barreaux de chaise cubains. Cette femme aurait pu être une extraordinaire égérie de films de genre si elle avait pu/voulu.
La misogynie d'époque est diffuse mais bien présente, c'est plus subtil qu'un Allégret (forcément) et les hommes sont généralement veules et/ou mesquins, ça aide.
A voir pour la distribution, la fluidité de la mise en scène, le rythme en se disant que pour un film de 70 piges y'a bien bien pire sur tous les plans et que le cinéma n'est pas né d'hier.