Lucio Castro raconte tellement bien la genèse de son film, que c'en est bien plus intéressant que le résultat. Alors donc, Lucio est en Chine, s'abreuve de légendes et contes dans lesquels la Nature est un pouvoir mystique sacré et surpuissant, dont les narrateurs nomment de façon poétique chaque petit endroit de paix (ce qui donnera la Grotte du Bossu dans le film), mais va voir un concert de Mia Maestro à New-York, et apprend dans la foulée que sa maman est décédée, et qu'elle avait une liaison cachée. Dans la tête de Lucio, tout se chamboule, se mêle, et il décide de tout vomir sur un script de film pour faire sa catharsis, ce qui donne parfois lieu à des films viscéraux. After this death n'est pas de ces films. On commençait si bien, avec cette figure rupestre du Bossu (qui, dans les contes du monde entier, est celui qui apporte les aventures, donc cela n'était pas déconnant pour entamer le périple de l'héroïne), présentant symboliquement le chanteur et son admiratrice, les faisant convoler ensemble, jusqu'à ce que la réalité les rattrape. On est déjà à plus d'une heure de film (si jamais vous vous attendiez à un film dynamique : demi-tour). Les deux amoureux
se trompent, découchent, il y a des malheurs entre eux (la fausse couche qui est dramatique) sans que jamais cela ne nourrisse le scénario, jusqu'à l'aveu d'échec narratif ultime : le film aurait dû commencer à sa fin. Là où l'histoire d'amour qui piétine nous barbe royalement, là où l'intrigue du harcèlement par les fanatiques du chanteur
met une éternité à arriver (et ne consiste d'abord qu'en deux phares de voiture et un troubadour... Non, vraiment, vous avez bien lu), heureusement sauvée par une dernière scène d'action où l'on rouvre un œil (l'héroïne
pousse un harceleur du haut du parapet de son immeuble, le tuant, et les autres ne se calment pas pour autant, lui adressant encore plus de courriers menaçants et intrusifs, la forçant à enregistrer une chanson pour les calmer)
. On ne saisit pas pourquoi le film choisit de s'arrêter sur le postulat de ce qui aurait fait un bon thriller psychologique, une lutte entre une femme qui est prise pour
la réincarnation d'un chanteur
(la critique des fans zinzins de leur idole est peut-être balourde, mais au moins le message passe) et ses admirateurs dangereux, essayant de trouver comment s'en échapper, eux qui connaissent si bien les limites du système judiciaire... C'aurait pu être bien, malheureusement on a plutôt de faux mystères ("Ouh, comment cette chaussette de nourrisson rose s'est-elle retrouvée dans ma machine à laver ? Ça fait peur !", alors, non, puisque c'est un garçon que l'héroïne a perdu, donc c'est juste l'utilisateur précédent qui a zappé une chaussette... pour une bête mauvaise couleur, le suspens et la tension ne fonctionnent absolument pas), une critique du fanatisme assez lourde (Mia Maestro s'est inspirée de la frayeur qui régnait sur le plateau de Twilight à l'époque où elle y tenait un petit rôle, dès que les grandes vedettes passaient devant des "zones à publics" pleins à craquer de fans en furie), et une BO qui a été rajoutée en post-production même sur les moments musicaux soit-disant en live (et ça s'entend). On ne sauve pas grand-chose de ce film qui aurait vraiment dû commencer par sa fin. After this end, plutôt.