Je suis embêté avec ce film. Il a quelques charmes : son hispanité, de bons acteurs avec une bonne tête, en tous cas pour les trois rôles principaux, une histoire complexe qui remue de sombres secrets à la manière des vieux films sur la guerre froide, mais transposée dans des barbouzeries sud-américaines. C'est bien réalisé avec une ambition qui s'incarne, par exemple, dans des plans aériens dignes d'un production hollywoodienne de la grande époque, tel un plan de fleuve dans la jungle avec un hélico entrant… Sauf celui de Rio, incertainement bricolé avec de la 3D.
Mais il y a aussi des pannes de crédibilité, qui créent une déception. Je n'ai pas compris comment Ancares peut à la fois être en poste à l'ambassade d'Espagne à Tallin en Estonie… et rebondir immédiatement après comme un chef mafieux entouré de gardes du corps dans une favela de Rio. Comment Zeta peut refuser, dans un bar, de faire équipe avec Alpha… et le faire dans la scène suivante du cimetière. Pourquoi Alpha et Zeta y sont capturés par une bande constituée majoritairement de femmes… qui n'apparaitront plus par la suite. Comment Ancares peut, d'un coup d'œil sur un immeuble distant, identifier qu'une équipe est planquée à tel étage… alors qu'aucun détail ne permet de le savoir. Ce qui, d'ailleurs, ne sert à rien, car l'étage est immédiatement confirmé par un opérateur HF. Or ce dernier ne peut pas le faire car la radiogoniométrie ne permet pas de déterminer l'altitude.
Le présent narratif étant le résultat d'un passé long de plusieurs décennies, on a recourt à des flashbacks. Mais comme le scénario est d'une complexité digne d'un roman, on ne peut pas tout montrer, alors on explique. Résultat, il y a de longs tunnels monologués qui m'ont exaspéré et embrouillé, entre aveux, mensonges et doublons de personnages. Explications que qualifie tout à fait l'expression "et voilà pourquoi votre fille est muette".
Malheureusement l'originalité du film s'édulcore de lieux devenus communs. Quand on fait un film sur les cartels, il est difficile de ne pas passer sous le fourches caudines de l'excellent Sicario (2015) de Denis Villeneuve. Alors nous avons la fameuse scène de l'attaque de l'hacienda d'un baron de la drogue afin de l'éliminer. Mais en moins original et glaçant que chez Villeneuve, car nos deux héros progressent victorieusement et improbablement sous la mitraille d'une dizaine de tireurs, dans une banale fusillade.
En fait, ce film a les mêmes traits que Raqqa (2024), que j'ai chroniqué récemment. Une certaine ambition, une histoire porteuse, une originalité, de l'exotisme, des bons acteurs, mais une inconséquence qui fait que ce qui aurait pu être un bon film reste une distraction du samedi soir vite oubliée.