J'ai toujours connu Alain Resnais. Je ne suis pas sa plus grande admiratrice (c'est mon frère), mais il y a quelque chose dans son cinéma, drôle et humble, joyeux et doux, pop et nostalgique, quelque chose qui m'émerveille. J'ai beau émettre des réserves, il parvient toujours à m'enchanter, à m'émouvoir, un peu moins ces dernières années peut-être, mais il me suffit de me souvenir de Cœurs au cinéma, avec cette neige qui tombait, pour sourire, parce qu'il n'est que tendresse et malice.

Aimer, boire et chanter, c'est un très beau programme, et malheureusement le film ne tient pas le pari. Ça joue faux, parfois, à part Sandrine Kiberlain qui est pas mauvaise, et André Dussollier qui est André Dussollier, et donc irréprochable. C'est assez peu souvent drôle, hélas, mal construit, bizarrement rythmé, bref, pas très réussi.

Si ce n'est la dernière demi-heure, qui vaut à elle seule le détour, si ce n'est quelques répliques semées le long du film et qui font mouche, le “J'aime mieux le ciné” de Dussollier, clin d'œil au théâtre qu'il aimait tant, et si ce n'est, sans doute, la conscience qu'a le spectateur d'être devant le dernier film d'Alain Resnais. On pardonne un peu plus aux acteurs orphelins, on pardonne tout à Resnais.

Chacun reviendra tour à tour sur les similitudes entre le réalisateur et George Riley, son personnage, les double-sens : je n'y échappe pas. Il y a, bien sûr, des gens incolores, inodores, qui durent indéfiniment, et puis les autres, ceux dont on dit qu'ils partent toujours trop tôt, petit cliché qui comme tous les clichés a sa part de vérité. Aimer, boire et chanter, c'est un beau programme, que j'aurais bien aimé aimer un peu plus. Aimer, boire et chanter, c'est un film (vraiment mineur) qui clôt l'œuvre d'un réalisateur, mineur lui aussi, mais comme le sont les accords. Alors, en attendant de retrouver autre part cette teinte particulière, je chantonne “Pas sur la bouche” et je laisse l'accord résonner.
Nelken
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le 5 avr. 2014

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