Trois bons aliments ne vous garantissent pas un bon repas s’ils ne sont pas bien agencés ou encore bien apprêtés. C’est un peu ce qui se passe avec Goodbye Again. Les trois têtes d’affiche en présence se sont bâti une réputation enviable avec leurs particularités respectives, mais une fois réunies cela donne un drôle de mixte avec lequel le réalisateur n’a pas su composer. Anthony Perkins ne semble pas avoir réalisé qu’il n’était plus sur le plateau de Psychose tellement son personnage de Phillip nous rappelle William Bates. Le sens de l’humour et le côté bon enfant qui devraient normalement faire son charme, lui donne plutôt des airs de psychopathe. De l’autre côté, Yves Montand parvient mal à faire oublier Jean-Marc Clément du Milliardaire. Même si ses nombreuses scènes en compagnie de nunuches ne lui permettent pas de jouer en subtilité, on ne sent pas vraiment son trouble intérieur à travers sa vie parsemée d’adultères. Entre les deux, la sublime Ingrid Bergman joue avec justesse l’émotion que suscite l’action, mais le manque de crédibilité de son attirance pour les deux hommes fait en sorte qu’elle détonne. Anatole Litvak échoue là où Otto Preminger avait mieux réussi avec Bonjour tristesse de Françoise Sagan en 1958. C’est-à-dire de rendre intéressante une histoire banale en nous faisant ressentir la douleur provoquée par des relations amoureuses tordues. La bande originale et la musique signées Georges Auric et Dory Langdon avec la participation de la comédienne chanteuse Diahann Carroll demeure la pièce maîtresse du film.