7
le 2 mai 2013
SuivreCritique de Ajami par Ahava
C’est un film dynamique, humain et tragique à la fois. Nouveau témoignage du talent cinématographique qui émerge de la zone de conflit qu’est le Moyen-Orient, ce film apporte une une nouvelle...
Associant deux jeunes cinéastes israélien et palestinien (Scandar Copti et Yaron Shani) pour leur premier long-métrage, Ajami a été salué unanimement par la critique, la presse, récompensé au Festival de Cannes comme à la remise des Ophirs israéliens (équivalents des Oscars ou des Césars). On a loué son naturalisme (vaguement scorsesien), sa puissance et son originalité dramatique : il faut dire qu’il se distingue par une mise à l’épreuve originale du casting, tout entier recruté auprès d’amateurs issus du contexte de violence et d’agacements inter-ethniques représentés à l’écran. De plus, ces acteurs néophytes n’ont eu le plus souvent droit qu’à une seule prise, où des homologues leurs soufflaient des répliques inattendues, ou les précipitaient dans des retournements fraîchement annoncés par les réalisateurs.
C’est donc un film choral avec tous ces destins croisés qui sans raison, alors qu’ils se côtoient mais s’ignorent et se fuient chaque jour, se trouvent soudain précipités dans des face-à-face inextricables jusqu’à devenir chair à climax péremptoire. Élémentaire, le film s’en tient à représenter les tensions entre Arabes, Juifs, Musulmans d’Ajami (quartier populaire de Jaffa) tout en jouant sur la fibre des amoureux de petit théâtre de l’absurde agrémenté d’humanisme déphasé-mais-avec-une-pointe-d’espoir au bout du tunnel.
Ce qui est agaçant avec un tel objet, c’est qu’il ne se prête ni à l’analyse, ni à l’opinion ; il est plutôt propice à servir d’illustration dans le cadre d’un éditorial, d’exemple à la sauvette. En ré-actualisant les tics du film noir et tissant une toile tragique (fruit d’un scénario élaboré sur six ans) à la Roméo & Juliette (amours impossibles et haines éternelles, enracinées jusque dans les murs), Ajami parvient à convertir sa banalité ambulante en support audacieux. Or il passe son temps à mettre à distance un sujet sur lequel il n’a rien à ajouter ; et dans le même temps, alors qu’il semble vouloir le laisser parler de lui-même, il l’inhibe par la conjugaison plombante de son non-interventionnisme et de son écriture foisonnante, dispersée et redondante.
La volonté documentaire écrase le film, l’embourbe dans un déroulé maladroit, en accumulant les poses vivaces comme des données sociales empiriques. L’œuvre n’y gagne rien, déguisant son impuissance à dresser un véritable état des lieux. Le réalisme clinique et le pathos criard et revendiqué s’accordent mal, débouchant simplement sur un produit superficiel et sans volonté claire.
Comme souvent lorsqu’il s’agit d’illustrer l’atmosphère dans l’état Israélien, Ajami manifeste ce mélange d’universalisme froid et bizarrement compartimenté, d’absence de vision et de sens profond, seulement capable d’aligner une chronique en arborescence, parée pour être dégoulinante et paradoxalement tout à fait platonique et banale.
En cela, le film ne trahit pas son sujet car il traduit bien le fatalisme qui règne sur cette région du Monde. Sa façon d’éclairer et mettre en parallèle des vécus différents d’un même contexte relève toujours de ce même pacifisme mou, qui n’oserait pas dire son nom (contrairement au crânement candide et libertaire The Bubble). Partant, l’œuvre elle-même est en quelque sorte le fruit du hasard, un produit non-désiré et pourtant peaufiné à fond, existant comme en sursis. Ajami est bien un symptôme fidèle, son absence de franchise, son incapacité à confronter le réel même lorsqu’il est face à soi en atteste.
Cet utilisateur l'a également ajouté à ses listes Le Classement Intégral de Zogarok, "Objectivement", je sous-note ces films, Les meilleurs films de 2009, Les meilleurs films sur les guerres de religion et Les meilleurs films israéliens
Créée
le 10 mai 2015
Critique lue 670 fois
7
le 2 mai 2013
SuivreC’est un film dynamique, humain et tragique à la fois. Nouveau témoignage du talent cinématographique qui émerge de la zone de conflit qu’est le Moyen-Orient, ce film apporte une une nouvelle...
10
le 20 avr. 2010
SuivreIl est des films qui vous arrachent les tripes au sortir d'une salle de cinéma et vous laissent plus d'une heure cogiter sur l'inanité d'un monde tiraillé par les conflits politico-religieux. C'est...
5
le 10 mai 2015
SuivreAssociant deux jeunes cinéastes israélien et palestinien (Scandar Copti et Yaron Shani) pour leur premier long-métrage, Ajami a été salué unanimement par la critique, la presse, récompensé au...
9
le 29 juin 2014
SuivreLa suite des Visiteurs fut accouchée dans la douleur. Des fans volent des morceaux de décors, le tournage est catastrophique, l'ambiance entre Muriel Robin et le reste de l'équipe est très mauvaise...
10
le 11 févr. 2015
SuivreC’est la métamorphose d’un nain intrépide, héros à contre-courant demandant au méchant de l’histoire pourquoi il s’obstine à camper cette position. Né par sa propre volonté et détenant déjà l’usage...
10
le 4 déc. 2014
SuivreDeux ans avant le scandale du Dernier Tango à Paris, Bertolucci présente son premier film majeur. Inspiré d’un roman de Moravia (auteur italien le plus fameux de son temps), Le Conformiste se...