Alamo
7
Alamo

Film de John Wayne (1960)

A l'aube des années 60, la télévision commence à tailler des croupières au 7ème Art. John Wayne mise sur sa renommée pour contrer ce problème en créant non sans difficulté sa société de production Batjac. S'en suivront donc une série de films plutôt pas mal réalisés - hormis son navet Les Bérets Verts - où lui même se met souvent à l'affiche. Mais il a une envie folle de passer derrière la caméra avec un projet qui le passionne depuis une décennie : brosser la peinture de ce tragique fait d'arme historique américain , à savoir la résistance acharnée mais désespérée du fortin Alamo.

Novice à la mise en scène mais talentueux acteur, il compte sur sa longue expérience du western et de son ami et mentor John Ford pour parvenir à ses fins. Il a pourtant beaucoup de mal à monter cette production et l'histoire qu'il veut raconter demande un budget colossal. Il parvient quand même à rassembler beaucoup de fonds jusqu'à s'endetter durablement.

Il fait appel au scénariste James Edward Grant, peintre grandiloquent du Far West, pour lui trousser une fresque où le mythe, l'imagerie et une certaine naïveté l'emportent assurément sur la rigueur historique.

Les contours des figures historiques sont tracés de manières à ce que les symboles qu'ils représentent soient statufiés, auréolés de leurs gloires posthumes. Travis, Bowie et Crockett agissent comme des mythes vivants tels de futures enluminures imprimées dans l'histoire officielle américaine. Certains rapports humains paraissent ridiculement datés comme les dialogues entre le "bon noir de service" et son valeureux maître ou encore la scène de l'épouse aveugle qui ordonne sèchement à son vieil époux de se battre jusqu'à la mort pour...sauver le Texas du joug mexicain !

Du pathos, du mélodrame mais aussi de l'humour, de la paillardise et de la bagarre comme dans la grande tradition du western hollywoodien.

Je retiens aussi le jeu tout en retenu et finesse du trio Widmark-Wayne-Harvey qui font passer beaucoup d'émotion dans les rapports humains.

Quant aux séquences de combats, elles ont l'ampleur des batailles napoléoniennes presque anachroniques face à la fougue et l'audace des 180 assiégés.

La majestueuse scène finale rachète à elle seule les longueurs du film :

Sur la superbe musique de Dimitri Tiomkin se met en place un lent travelling en plan large sur la veuve du capitaine, accompagné d'un âne, son enfant dans les bras, qui s'éloigne dans le soleil couchant.

On assiste là, nostalgique, à un enterrement : celui de l'âge d'or hollywoodien vivant ses derniers feux.


Tamino
8
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le 1 mai 2026

Critique lue 22 fois

Tamino

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