Il ne faudrait jamais regarder un film de Manoel De Oliveira à la télévision.
La longue première séquence extraite du "Roi se meurt" filmée en large plan fixe à de quoi énerver le zappeur qui veille en nous. Et puis soudain, aperçu des coulisses, surgissent 3 hommes quelque peu énigmatiques. Ils attendent, impatients, la fin de la pièce. C'est toujours filmé comme par effraction, en plan éloigné un peu hors-champ, comme si le cadreur se faisait voyeur.
Tout l'art de De Oliveira se trouve là. D'une ronronnante banalité peut surgir de l'imprévu, de la substance.
C'est ce qui arrive au personnage joué avec une grâce désabusée par Michel Piccoli, un comédien chevronné, talentueux et connu qui apprend la mort brutale de 3 membres de sa famille.
La mise en scène se fait mise en abîme feutrée, discrète. Mais ce n'est pas vraiment ce qui intéresse le cinéaste.
Plutôt le lent cheminement de cet homme âgé mais encore fringant vers un rivage qui le rapproche de sa finitude. On le suit dans des saynètes de la vie ordinaire : achat de souliers de luxe, sirotant un café dans un bistrot, se faisant dérober un soir ses mêmes souliers, etc...
Cette répétitive trivialité trouve une jolie respiration dans la joie que lui procure son petit fils avec lequel il passe de bons moments, loin de la routine professionnelle consciencieuse qui semble ne plus l'animer.
Admirable composition de l'acteur déjà insidieusement passé de l'autre coté du miroir.