Au départ, ce n'était qu'un bout de papier écrit par Dan O'Bannon, jeune scénariste de talent, racontant l'histoire d'astronautes menacés par la présence d'un extraterrestre dans leur vaisseau. Ayant du mal à s'imposer à Hollywood, O'Bannon a tout de même décidé de reprendre ce scénario boudé jusqu'alors par tous les producteurs. Il développa alors son scénario original baptisé "Starbeast" avec l'aide de Ronald Shusett qui deviendra connu grâce à Total Recall. Après avoir bien cravaché, David Giler et sa modeste société de production Brandywine Films accepta finalement de lancer le projet sans être pour autant totalement convaincu par l'histoire. C'est en apportant plus de détails sur le fameux Alien que le projet attirera l'attention de la Fox qui mettra le film sur orbite. Cette dernière, qui était alors sur un petit nuage depuis l'immense succès de Star Wars deux ans plus tôt voyait en Alien un film pionnier d'une science-fiction horrifique destiné à un public plus adulte. Malgré tout, le budget initial n'est pas gigantesque, ce qui poussera l'équipe à recourir à leur ingéniosité. Un certain Ridley Scott, qui n'avait alors réalisé qu'un seul film (le très bon Les Duellistes) s'avéra être le seul réalisateur motivé pour le projet et il sera rapidement engagé. Entouré notamment de l'illustrateur suisse Hans Giger chargé du design de la créature et des vaisseaux et du graphiste français Moebius pour les décors, Scott imposera sa patte et le succès du film l'amènera à une renommée mondiale. Il est d'ailleurs amusant de voir que presque toutes les têtes pensantes d'Alien avaient travaillé sur le Dune mort-né de Jodorowsky, cela peut laisser songeur.
L'ouverture du film pose déjà l'ambiance : accompagnés par une musique inquiétante, on découvre l'intérieur du Nostromo, vaisseau commercial dans lequel la majorité de l'action se passera. Scott nous montre les couloirs, les recoins, les ordinateurs, des détails qui ne sont pas là juste pour faire joli. Une scène intelligente puisqu'on peut identifier la caméra comme la vue de l'Alien qui s'approprie le vaisseau. L'Alien a déjà de l'avance, il connaît mieux le vaisseau que ses occupants humains, bien loin d'imaginer ce qui va leur arriver. Malgré ces indices nous restons dans l'inconnu, comme les personnages. Le film a cette capacité de poser son univers en très peu de temps et avec peu d'éléments tout en ne dévoilant rien à l'intrigue. Le contexte est bien existant mais reste sous-entendu : les humains cherchent constamment d'autres planètes pour pouvoir s'alimenter en énergie et en matières premières. Ces explorations sont financées par une mystérieuse "Compagnie" dont les objectifs finaux semblent bien ambigus. On n'en sait pas vraiment plus. Alien parvient à garder tout son côté mystérieux jusqu'à la fin et on finit le film en ayant plus de questions que de réponses. Un pari qui se veut réussi.
La mise en scène de Scott, renforcée par des décors lugubres, une atmosphère "organique" et une photographie crasseuse nous immerge dans un véritable univers horrifique. L'horreur est caractérisée avant tout par l'Alien, par son aspect mais surtout à travers son mode de reproduction. Sur le coup, Giger et ses comparses ont fait fort dans le flippant et le peu conventionnel ! Le film transpire d'astuces lui permettant de surmonter ses contraintes budgétaires. On peut notamment relever l'utilisation de plans inversés pour donner l'impression que l'action se passe dans une pièce différente, l'utilisation de la fumée pour brouiller les pistes. Mais l'astuce qui fait mouche, c'est l'utilisation de notre cher extraterrestre. Remettez-vous dans le contexte de l'époque où l'on n'a pas encore toutes les techniques numériques d'aujourd'hui mais seulement une maquette, comment ne pas décrédibiliser l'élément qui doit faire peur ? Et bien tout simplement en ne le montrant presque jamais ou tout du moins qu'en partie ! Effectivement, si on s'y attarde, le monstre ne doit même pas avoir 5 minutes d'apparition au total sur les 2h du film. Mais ce dernier survient à des moments clés, ce qui renforce la tension et la peur générale liée à ce danger invisible mais omniprésent. Des astuces d'accord, mais des effets spéciaux qui restent efficaces pour l'époque et qui donnent un rendu bien repoussant dans le bon sens du terme. Sur ce plan là, même dynamique, Scott traite les choses avec parcimonie et ne tombe pas dans la surenchère (il me fera malheureusement mentir avec Covenant).
Ce qui est intéressant à souligner c'est que l'Alien n'est ni le sujet principal ni l'antagoniste de l'histoire. Le fait d'émettre une critique du comportement de l'homme par le biais d'une autre espèce n'est bien sûr pas nouveau (La Planète des Singes suivait déjà ce schéma) mais encore une fois, tout est implicite. Alien n'est en rien un film moralisateur ou philosophique qui nous questionne sur notre condition. Le film joue avant tout sur les émotions et les vices inhérents à l'espèce humaine. L'Alien symbolise la peur humaine sous toutes ces formes : la peur de faire face à un organisme extraterrestre bien plus développé, la peur de prendre une mauvaise décision, la peur de mourir tout simplement… L'homme est avide de découvertes, de connaissances et c'est sa curiosité - fatale - qui est ici mise en scène. L'homme est intelligent mais imprudent c'est en cela qu'il est ambivalent : il est méfiant vis à vis de ses semblables mais il a une confiance exacerbée envers un androïde par exemple. Des sujets toujours d'actualité donc sur notre volonté de contrôler ce qui nous entoure et notre aveuglement, qui seront massivement repris par les films de science-fiction qui suivront. Il reste que l'on éprouve beaucoup d'empathie vis à vis des personnages humains, leur détresse ne laisse pas indifférent contrairement aux équipages présentés dans la plupart des suites ou des films du genre. Cela est notamment dû à un casting expérimenté (John Hurt, Tom Skerritt, Veronica Cartwright) qui apporte beaucoup de crédibilité.
Mais s'il y a un personnage qui ressort c'est Ellen Ripley ! Comment ne pas tomber sous le charme de ce personnage ! Elle est la lumière de ce film, le symbole de la résistance de l'être humain face à toutes les épreuves. Elle est effrayée comme tous les autres mais elle ne veut pas se laisser faire et lutte sans cesse que ce soit contre le huitième passager ou contre ses collègues. Un personnage qui est d'ailleurs secondaire pendant la majeure partie du film mais qui s'impose petit à petit. Sigourney Weaver incarne avec brio ce personnage réfléchi, déterminé, courageux et qui possède un instinct de survie hors norme. Elle éclipse d'ailleurs tous les autres acteurs alors que ces derniers sont tous très bons. Au-delà de cela, c'est surtout la première fois que le rôle principal d'un film est tenu par une femme forte iconique qui plus est dans un film de science-fiction. Un personnage en soi en avance sur son temps, loin des clichés que l'on peut trouver dans les films d'aujourd'hui. Sigourney Weaver, considérée comme étoile montante à l'époque, tient à merveille ce rôle d'héroïne à l'état pur. Rôle qui lancera bel et bien sa carrière à Hollywood et ses prestations dans les 3 films suivants seront tout autant convaincantes alors que les films eux seront contestés.
Alien est selon moi un monument du cinéma, et il y aurait encore beaucoup de choses à décortiquer de ce film. Que vous aimiez la science-fiction ou non, c'est une véritable expérience à découvrir. Sans ses partis pris esthétiques et narratifs, son ambiance sombre et dérangeante, la musique sublime de Jerry Goldsmith, la saga que l'on connaît n'aurait jamais pu voir le jour. Un vrai moment de cinéma donc qui influencera énormément de films que ce soit par sa construction ou son thème sans être égalé. Il est vrai que le Aliens de James Cameron rendra cette saga culte sept ans plus tard en proposant un vrai blockbuster d'action mais le réalisateur de Terminator a une véritable base sur laquelle s'appuyer. Comme je le disais, Alien ne dévoile rien de la mythologie qu'elle renferme. Si les 3 films qui suivent voudront en partie garder certains secrets, Ridley Scott décidera avec ses prequels Prometheus et Alien : Covenant d'apporter des éléments de réponse… ce qui à mes yeux brisera plus le mythe qu'autre chose. En voulant trop s'approprier une œuvre qui n'est pas seulement la sienne, cette dernière a fini par le surpasser. Telle est l'histoire de cette authentique saga vieille de plus de quarante ans mais intemporelle.