Dans les glaces de l’Antarctique, des humains imprudents déclenchent l’affrontement rituel entre Aliens et Predators, deux espèces vouées à s’exterminer
Préambule d’une promesse avortée
Ce qui eût pu advenir comme une rencontre jubilatoire entre deux mythologies de l’effroi cinématographique s’étiole, hélas, en une confrontation pâlotte et pitoyable, dont l’horizon paraît dicté moins par l’élan créateur que par des velléités mercantiles à peine voilées. L’entreprise, conçue pour flatter des attentes massives, sacrifie l’audace sur l’autel du calcul, et l’on sent dès les premiers instants poindre une ptôse de l’ambition.
De l’artisan et de ses limites
Paul W. S. Anderson, habile faiseur de pellicules modestes et tapies dans les marges du grand art, démontre une fois encore sa dextérité technique et son sens du rythme. Néanmoins, il ne saurait sérieusement prétendre rejoindre les cimes autrefois occupées par Ridley Scott ou John McTiernan, dont la vision apportait à leurs œuvres une ampleur, une noirceur et une puissance d’évocation autrement plus pénétrantes. Ici, la mise en scène s’active, mais ne transcende guère un matériau trop maigre.
Une alliance narrative défectueuse
L’idée de voir ces deux figures monstrueuses évoluer dans un récit commun relevait d’une intuition plaisante, espiègle même. Pourtant, cette camaraderie déviante, qui aurait exigé une charpente dramaturgique rigoureuse, s’effondre faute d’un scénario digne de ce nom. L’assemblage demeure superficiel, et l’intrigue, au lieu d’obnubiler le spectateur, se contente de l’escorter paresseusement d’une scène à l’autre.
Des monstres édulcorés
Les univers d’Alien et de Predator se sont imposés par une violence charnelle, une cruauté frontale, une peur qui s’infiltre sous la peau. En arrondissant les angles pour séduire un public plus juvénile, le film procède à une véritable castration symbolique de ses créatures. L’horreur devient policée, privée de cette tension viscérale qui faisait jadis frissonner et suffoquer.
Une audace finale ambivalente
La conclusion, voyant l’héroïne s’associer à l’un des chasseurs extraterrestres, ne manquera pas de désarçonner les amateurs les plus sourcilleux. Cette alliance improbable — semblable à celle d’un lion consentant à marcher de concert avec un moucheron — m’a toutefois paru stimulante dans son principe, tant elle ose bousculer les attentes établies, même si son exécution demeure imparfaite.
Bilan sans illusion
Bref, si l’on recherche une œuvre majeure de science-fiction, la déception est inévitable et profonde. Mais pour qui accepte l’idée d’un divertissement mineur, où l’on observe un Alien rudoyé par un Predator — et réciproquement — le spectacle conserve une efficacité trouble, celle des plaisirs coupables que l’on consomme sans fierté, mais non sans un certain contentement.