Alien vs. Predators - Requiem, The Brothers Strause, U.S.A, 2007, 94 min

Après un « Alien vs Predator » un peu nul, en 2004, la Fox remit le couvert trois ans plus tard avec le non moins nul « Alien vs Predator Requiem », un film étatsunien de 2007, mis en scène par les Frères Strauss. Reprenant tout de suite là où le premier opus s’arrête, ce second volet débute par un aveu d’échec, puisque la nature semi-épique de la séquence finale du film de Paul W.S Anderson promettait clairement autre chose. Mais pour une sombre histoire de budget, le retour sur Terre des Predator est immédiat, avec un prétexte tout aussi nul que l’ensemble de la proposition qu’est ce « Requiem ». Ce titre se révèle d’ailleurs parfaitement choisi, puisque le métrage mettra un point fatal à une franchise faussement ambitieuse qui n’aura connu que deux médiocres opus.


Le vaisseau des Predators est pris d’assaut par des Aliens, qui trouvent un moyen de revenir sur Terre. Dès lors, le last Predator standing prend sur lui d’aller faire le ménage. Oui, c’est redondant, et clairement l’intrigue n’avance pas vraiment plus loin que ça, puisque, par la suite, c’est basiquement le même schéma qui se répète : les Aliens attaquent les humains, le Predator arrive pour les buter, mais ils ont déjà pondu des œufs, avec une toute nouvelle méthode express, du coup y a encore plus d’Aliens qui attaquent les humains et le Predator à encore plus d’Aliens à buter et ainsi de suite… Et c’est tout, c’était « Alien v Predator Requiem », bonsoir messieurs dames.


Le métrage témoigne d’un enchainement de prises de décisions toutes aussi mauvaises les unes que les autres. Déjà, le retour sur Terre en catastrophe, révèle d’un manque d’idée et surtout d’une vraie ambition. Comme cette idée de faire entrer le récit dans les cadres d’un Slasher (oui oui) par pure paresse, avec des personnages sans textures, uniquement fonctionnels, afin de meubler les rencontres entre les Aliens et le Predator. Mais le principal problème, c’est le choix de mise en scène hyper énergique, qui rend brouillonne la moindre séquence d’action, éclairée en plus avec un minimum de lumière, ce qui fait que l’on ne voit pas grand-chose à ce que l’on regarde.


S’il est vrai que le premier film était très clair et un peu mou avec sa réalisation plan-plan, le changement radical n’en est pas vraiment mieux. À vouloir se démarquer

et proposer autre chose, « Requiem » sombre dans l’excès et c’est frustrant, parce que peut être qu’il se passe des trucs cools à l’écran. Comme le Predalien, issu de la fécondation d’un Predator par un xénomorphe, qui a visiblement un design plutôt réussi, mais dont on ne profite jamais vraiment, puisqu’avec la lumière, bah… on ne le voit pas. Les séquences un tant soit peu iconiques tombent également à l’eau, filmées sans ampleur ni inspiration.


« Alien v Predator Requiem », c’est vraiment un peu tout pourri, mais pas le même genre de pourrie que le premier film. Il faut avouer qu’il n’est pas dénué d’un certain charme, propre aux productions horrifiques à petit budget de la seconde partie des années 2000, qui était dominé par les remakes de Slasher et de Survival excessivement gore. « Requiem » possède ce visuel et cette ambiance bien spécifique, avec cette modeste ville de campagne livrée à l’horreur la plus pure. Il comporte en effet quelques séquences bien gore, bien qu’elles soient coupées rapidement.


Même dans la version unrated, c’est assez soft, et comme en plus on ne voit rien, c’est finalement très inoffensif. On retrouve dans les clichés utilisés toutes les conventions de deux sous-genres de l’Horreur, où le boogeyman est remplacé par des Aliens. C’est donc un mix entre le Slasher et le film d’invasion qui est proposé, sauf qu’aucun des deux ne fonctionne jamais vraiment. Pire, c’est que le principe d’Alien ne se prête pas vraiment à cette expérience, dès l’instant où l’on perd le côté espace, le côté science-fiction et le côté réellement angoissant. Quant à l’aspect survival de Predator, s’il est bien présent, il correspond davantage aux codes du Slasher, qui ne lui sied guère.


« Requiem » donne vraiment l’impression qu’il y avait un scénario qui traînait sur la table d’un producteur. Genre un modeste film d’Horreur classique, dans une petite communauté retirée, quelque part au cœur des États-Unis. C’est là un schéma traditionnel du genre, auquel font aussi échos les personnages, qui correspondent tous à des fonctions bien distinctes que l’on retrouve dans le Slasher. Et quelqu’un a dû se dire que ce serait une brave idée de mettre des Aliens et un Predator dans le mix. Résultat des courses, c’est jamais vraiment un bon Slasher, c’est un pas un très bon Predator et c’est un très très mauvais Alien.


Après, ce mélange des genres effectivement très particulier, lui offre un aspect absurde, et je ne sais même pas comment quelqu’un s’est dit sérieusement, à un moment que ça allait marcher, ben ça lui donne un petit charme. Mais le charme de ces trucs cassés ou abimés, ces vieux machins qui traînent et qu’on n’a pas envie de jeter, parce qu’on y est attaché pour une raison ou une autre. C’est un peu ça « Requiem », l’appétit pour voir l’Alien et le Predator s’affronter, pour peu qu’on soit aussi sensible au Slasher, ça fait plein de petits trucs cools, mais c’est juste que ça ne fonctionne pas. En fait, je crois que ce que j’essaye de dire, c’est que le film fait pitié, ce qui me confère une certaine tendresse envers lui.


« Requiem » est ainsi un énième acte manqué, dont les mauvais résultats au box-office et un massacre critique ont clos toute tentative d’initier une nouvelle Franchise, plus ancrée dans l’air du temps. Finalement, Ridley Scott reviendra faire deux « Alien » dont on se serait bien passé, et la saga Predator vivotera encore quelques années avant de connaître une vraie résurrection en 2022, avec « Prey » et bien entendu « Predator Badlands » en 2025, qui a tout compris à ce qu’est un film Predator. « Requiem » montre, comme pour l’opus d’Anderson, qu’il ne suffit pas d’avoir deux créatures iconiques et de les mettre ensemble pour obtenir de facto une œuvre efficace et impressionnante.


C’est même tout le contraire qu’il se passe, ça s’annule, et, en définitive, ce qui est proposé n’est qu’une promesse de vente, qui n’arrive jamais à la hauteur de ce que l’on est en droit d’attendre. Maintenant, le film est moins chiant et moins formaté que celui d’Anderson, et il ne fonctionne pas pour d’autres raisons. Même les affiches sont révélatrices du changement de ton, elle est blanche en 2004 et noire en 2007, et c’est exactement ce qui rend ces deux films très différents, yen à un qui est trop clair et aseptisé, quand l’autre est trop sombre et foutraque. Bref, tout ça est dommage, alors qu’avec un petit peu plus d’efforts et un minimum d’ambitions, il y aurait tellement de choses à faire avec ces deux monstres qui n’ont pas d’égal dans le Cinéma de S-F.


La trilogie prévue avec « Alien v Predator » n’aura jamais vu le jour et ce n’est pas plus mal, puisque le troisième film aurait sans doute été lui aussi mauvais à sa manière. Les Frères Strauss avaient proposé une idée pour un énième opus, mais la Fox n’a jamais avancé sur le projet. Avec son rachat par Disney en 2018, qui récupéra de fait les droits d’« Alien » et de « Predator », est venu un peu changer la donne. Si, pour le moment la firme aux grandes oreilles a produit des « Alien » et des « Predator » séparément, rien ne dit que, dans le futur les deux créatures ne se rencontrent pas de nouveau sur un grand écran.


En 2025, dans « Predator Badlands », qui réunit les deux univers, par le biais de la multinationale Weyland-Yutani, des pistes sont clairement lancées pour l’aboutissement d’un tel projet. On peut donc se mettre à rêver d’un « Alien vs Predator » digne de ce nom, avec un budget énorme et une vraie ambition épique, comme le mérite cet affrontement. Espérons que ce soit Dan Trachtenberg, l’auteur des trois derniers excellents « Predator » qui s’en charge, et patientons sagement avant la suite. En tout cas, cette franchise est loin d’être morte et enterrée, et peut même avoir, pourquoi pas, un avenir radieux qui l’attend.


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le 11 déc. 2025

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