Naturaliste jusqu’à l’asphyxie
Avec All or Nothing, Mike Leigh retrouve son terrain de prédilection : chroniquer le quotidien de la classe populaire britannique, entre frustrations, silences et petites tragédies ordinaires. Mais cette fois, son approche ultra-naturaliste finit par virer à l’inertie. Le film s’étire dans une succession de scènes où la grisaille émotionnelle devient un dispositif plus qu’un sentiment, et où le réalisme revendiqué étouffe peu à peu toute véritable dynamique dramatique.
Leigh s’appuie comme toujours sur un travail d’acteurs rigoureux, mais même cette direction d’acteurs, habituellement la force motrice de son cinéma, paraît ici bridée par une mise en scène trop appliquée. Les personnages, enfermés dans une tristesse monochrome, ne semblent jamais dépasser l’état de figures symptomatiques de leur milieu. L’émotion affleure par moments, mais elle n’explose jamais : elle reste prisonnière d’un cadre qui semble craindre la moindre intensité, la moindre variation de ton.
Le résultat est un drame social cohérent dans son intention mais lourd dans sa forme, un film qui cherche la vérité humaine à travers l’ascèse mais finit surtout par éprouver le spectateur. Mike Leigh a déjà montré qu’il pouvait transformer la banalité en matière vibrante ; ici, la banalité reste banale, et le cinéma, trop en retrait, peine à se frayer un passage.