The Apprentice
6.9
The Apprentice

Film de Ali Abbasi (2024)

Un film tiède pour une figure brûlante

Avec The Apprentice, Ali Abbasi s’attaque à un sujet brûlant et volontiers polémique — l’ascension d’un jeune Donald Trump — mais son film, au lieu de proposer une véritable lecture ou une mise à nu éclairante d’un personnage public si massivement scruté, s’enlise dans une approche illustrative et souvent lourde. Le résultat tient moins de la fresque incisive que du récit appliqué, où chaque scène semble cocher une case du biopic choc, sans jamais risquer une véritable interprétation.

Abbasi filme l’ombre portée du pouvoir en devenir, mais le fait avec des effets appuyés, comme s’il redoutait que le sous-texte ne soit pas assez clair. Le film cherche la noirceur, mais il la martèle au lieu de la laisser émerger. On devine constamment l’intention — dénoncer un système, la fabrication d’une image, l’ascension dans un monde façonné par l’argent et l’ego — mais le propos reste à la surface, jamais assez nuancé pour dépasser son propre cadrage outré.

Les acteurs, pourtant investis, semblent parfois enfermés dans une direction ultra-linéaire, presque rigide : le mentor cynique, l’élève malléable, l’entourage qui gravite comme autant de satellites dramatiques. Les performances tâchent de nuancer, mais le film les canalise dans des archétypes, empêchant toute véritable ambivalence. On est davantage dans la démonstration que dans l’exploration.

Visuellement, Abbasi déploie un style sombre, rugueux, mais cette patine finit par devenir un effet de surface supplémentaire, comme un filtre posé sur un récit déjà très balisé. La mise en scène ne cherche pas à interroger ni à troubler : elle illustre, souvent avec une solennité qui alourdit l’ensemble.

Le film veut être un uppercut politique, une plongée corrosive dans la fabrication d’un personnage public, mais il manque cruellement de souffle, de complexité, ou même de vraie prise de risque narrative. The Apprentice ressemble à un geste fort annoncé… mais qui manque sa cible, faute d’ampleur et d’inspiration. Quelques fulgurances d’interprétation — mais une œuvre qui, à force d’appuyer son propos, finit surtout par écraser son propre potentiel.

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le 25 mai 2025

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