Difficile de vraiment savoir Si Allegro Non Troppo est un hommage décalé, une parodie ou tout simplement un film parfaitement conscient qu'un autre à l'approche similaire est déjà passé bien avant lui. Car forcément quand on parle d'un film d'animation illustrant des morceaux de musiques classiques on pense immédiatement au Fantasia de Disney dont Allegro Non Tropo semble être le fils caché, le pendant italien, le versant adulte et déjanté.
Allegro Non Troppo nous plonge donc dans un étrange spectacle commenté par un maître de cérémonie digne de ses présentateurs trop souriant et pailletés de la Raï Uno. Durant 90 minutes nous allons donc suivre un orchestre qui va jouer des morceaux de musique classique sous les ordres d'un chef autoritaire tandis qu'un dessinateur les illustrera en direct .
Comme un clin d’œil appuyé dès le départ du film et donc du spectacle un mystérieux coup de fil venu de Californie informe le maestro du possible plagiat, mais peu importe pour ce studio Prisney, The show must go on …
Allegro Non Troppo ce sont donc à la fois des pièces de musique illustrées par des films d'animation et ce que l'on pourrait appeler l'envers du décor. Dans un très beau noir et blanc nous assistons donc au travail d'un orchestre uniquement composé de vieilles dames que l'on a libérées d'un enclos à bestiaux et amenées ensuite en tracteur jusqu'à la scène et d'un illustrateur lunaire qui attendait suspendu au mur d'une prison depuis cinq ans. Le film baigne donc dans une ambiance décalé et burlesque à l'image d'une forme de combat permanent entre le chef d'orchestre et l'illustrateur qui glisse parfois dans des délires dignes de Chuck Jones. Ces intermèdes sont souvent très drôles et offrent d'agréables respirations comiques entre deux morceaux de musique. C'est l'acteur et réalisateur Maurizio Nichetti ( Le génial et méconnu L'Amour avec des Gants) qui interprété l'illustrateur et qui signe en collaboration avec Bruno Bozzetto et Guido Manuli le scénario du film. L’interaction entre la partie live et la partie animée est savamment orchestré par des ponts narratifs et des objets ou personnages qui assurent le lien entre les deux univers. L'animation vient même parfois s'inviter dans la réalité et inversement.
Niveau animation Allegro Non Troppo alterne un peu le passable voir le simpliste avec le meilleur et objectivement toutes les séquences n'ont pas tout à fait la même saveur. Illustrant Ravel, Debussy, Stravinsky, Dvorak, Vivaldi ou Sibellius les séquences animées sont globalement bien plus adultes que chez Disney avec un soupçon d'érotisme et sutrtout elles sont porteuses de messages tantôt joyeusement antimilitariste ou bien plus mélancolique. Je retiendrai plus particulièrement une théorie de l'évolution rondement et magnifiquement mené au rythme du Bolero de Ravel et une superbe fable nostalgique et triste sur un chat se remémorant la vie d'une maison en cours de destruction aux notes de La Valse Triste de Sibellius.
Allegro Non Troppo est donc loin de n'être qu'une décalque paresseuse du Fantasia de Disney, le film de Bruno Bozzetto est bien plus fou, bien moins sage, bien plus drôle et bien plus politisé dans ses messages que le film un peu lisse de tonton Walt. Certes il n-y a pas d'hippopotame en tutus mais le chat au grand yeux triste me suffirait presque à préférer la folie latine à l'application américaine.